Scènes Audaces, rencontres et questions auront marqué le 9e Festival TransAmériques.

Enthousiasmer, étonner, questionner, intriguer, concerner, peut-être même lasser par moments. Les effets secondaires d’un festival sont divers, parfois inattendus, souvent puissants.

Implanté au cœur de Montréal et ouvert sur le monde, chevauchant la fin mai et le début juin, le Festival TransAmériques commence alors que le Kunstenfestivaldesarts, à Bruxelles, n’a pas encore dit son dernier mot. Entre KFDA et FTA, d’ailleurs, les points communs ne manquent pas, de leur caractère urbain, contemporain, international, chacun dans une ville bilingue, à leur programmation éclectique, certains artistes enchaînant les deux festivals, comme cette année Arkadi Zaides ("Archive") ou Marlene Monteiro Freitas ("De Marfim e Carne").

Quelques-unes des propositions du FTA ont vite titillé les festivaliers. Lire en continu "Tout Artaud ! ?" est le défi que s’était lancé Christian Lapointe. Les spectateurs étaient invités à apporter au comédien une fleur en guise de participation. Quant aux phrases de l’écrivain, elles servirent de fil rouge, des calicots pavoisant la ville aux tee-shirts et sacs de toile des collaborateurs du festival.

C’est avec les "Dancing Grandmothers" d’Eun-me Ahn, chorégraphe coréenne naguère passée par le festival liégeois Pays de Danses, que le FTA 2015 avait lancé les festivités, son QG accueillant dans la foulée un premier party (au masculin en français du Québec).

Cet autre qui fait partie de nous

Très tôt, il fut difficile de trouver un billet pour "Polyglotte". Le projet du Montréalais Olivier Choinière, présenté au Théâtre aux Ecuries, a pour particularité de s’intéresser de l’intérieur à cet environnement : un quartier résidentiel, excentré, populaire et cosmopolite, d’une ville réputée terre d’accueil. Ainsi le metteur en scène a-t-il réuni une troupe de comédiens non professionnels issus de l’immigration. De leurs histoires mêlées et digérées allait naître une forme à la fois chorale et empreinte de leurs singularités, mettant en relief le parcours des candidats à l’immigration, les références canadiennes qu’on leur demande d’acquérir, le lissage obligatoire, mais aussi, plus profond, leur vécu véritable, loin de l’idylle. "Pour nous voir collectivement en 2015 , dit Olivier Choinière, le regard de l’immigrant, de cet autre qui fait partie de nous, est nécessaire."

Dans un autre environnement cosmopolite, Nini Bélanger s’est installée avec son Projet Mû, en occupant pendant plusieurs mois un local du Plaza Côte des Neiges, centre commercial sis dans un des quartiers à la population à la plus grande mixité de Montréal. Ainsi naquit "Plaza", non-spectacle déambulatoire dont les spectateurs étaient aussi acteurs, questionnés sur leur présence, brève ou longue, dans cette ville, questionnant implicitement leurs interactions avec le groupe. Un moment très concret et en même temps suspendu.

Ceci n’est pas…

L’audace, la rencontre, l’interrogation ont jailli encore, dans l’espace public toujours, sur la Place des Arts autour des cages de verre de "Ceci n’est pas…" (dix différentes, dix jours consécutifs) où l’artiste néerlandais Dries Verhoeven place des figures reconnaissables, familières mais éloignées des rassurants canons commerciaux. De quoi faire tomber les œillères et vaciller les certitudes, de quoi alimenter le débat.

Celui qui met en balance le réel et la fiction a parcouru le festival, nous y reviendrons. De même le trouble entre le tangible et l’illusion surgit et se propage dans l’univers particulier de Stéphane Gladyszewski. En "Phos" fusionnent corps et lumière absorbés par d’insondables noirceurs. Argile et papier photo, chair et ombre, bref voyage de l’autre côté du miroir.


Québec-Belgique: OFFTA et au-delà

Parallèles, presque frères, à la fois concurrents et complémentaires, FTA et OFFTA remuent les arts vivants, bousculent leurs frontières. Du côté du OFFTA, le MixOFF d’ouverture réunissait quatre tandems belgo-québécois sur le mode de la performance pluridisciplinaire. De cette formule qu’elle a imaginée au point d’en faire une tradition ici, Jasmine Catudal, codirectrice du OFFTA ( http://bit.ly/1FJakP8 ) s’est inspirée pour monter l’Ailleurs en Folie Québec/Montréal de Mons 2015, dont elle est commissaire. Un rendez-vous à noter pour septembre.

Au gré des plateaux investis par le OFFTA, on aura goûté à la recherche en cours d’Etienne Lepage dans "Logique du pire" par cinq acteurs à l’énergie contagieuse. Aux frottements entre le monde numérique et celui de la scène, avec les "Terms of Service" de Google transposés côté chœur, ou dans le dialogue de Laurence Dauphinais avec "Siri", l’assistante personnelle de son téléphone intelligent, comme on dit là-bas. On aura revisité les mythes grecs en même temps que le répertoire de la musique populaire dans "Orphée Karaoké" de Félix-Antoine Boutin.

Etape de travail encore - déjà très convaincante - pour "Stroke", duo où se fracassent réel et fantasme, désir et transe. Louise Michel Jackson et Ben Fury en livreront la version finale chez nous en février 2016, sous l’égide de Charleroi Danses et de l’Ancre. www.offta.com - www.mons2015.eu


"Des yeux sur le FTA": Le fanzine de Médusine

Huit numéros et un hors-série qu’on guette et collectionne au fil du festival. Sur ces feuillets A3 colorés et pliés, l’encre noire des dessins et des mots esquisse des digressions poétiques, des fragments pris sur le vif, des atmosphères nocturnes - comme le dit l’édito de "Médusine".

Ayant participé aux Rencontres internationales des jeunes créateurs et critiques des arts de la scène lors du FTA 2014, Aurore Krol et Camilla Pizzichillo ont voulu poursuivre leur démarche interactive. Délicieusement anachronique par la forme, leur pari de l’immédiateté en version plume et papier, quintessence de l’outil portable (avec prolongation en ligne sur fanzinefta.com ), est une ode à la subjectivité du regard, de l’art et de l’échange. "Envisagées comme un cadeau acidulé aux spectateurs" , ces "pages libres et mouvantes" sont aussi libératrices et émouvantes.


www.fta.qc.ca