Scènes Le collectif bruxellois retrouve Rafael Spregelburd pour créer "Philip Seymour Hoffman, par exemple. Chaos en rodage. Critique.

Importé en France, à Avignon, par Marcial Di Fonzo Bo, l’auteur argentin doit à Transquinquennal sa révélation sur les scènes belges, avec l’inoubliable et décapant "La Estupidez" (un des sept volets de son heptalogie sur les péchés capitaux d’après Jérôme Bosch). Le collectif bruxellois a fait appel à Rafael Spregelburd pour une nouvelle création présentée au Kunstenfestivaldesarts - et projet 4à4 de la saison prochaine (1).

Un texte neuf, donc. Commandé par un collectif belge qui triture le terreau théâtral depuis plus de 25 ans, à un dramaturge né à Buenos Aires en 1970, agitateur forcené de la réalité et de la fiction, de la société et des identités.


Ici, titre et thème étaient donnés, assortis d’une totale liberté à l’auteur. "Philip Seymour Hoffman, par exemple", et le moment où, suite à la mort subite de l’acteur américain, l’option fut envisagée de le numériser afin de poursuivre la saga "Hunger Games" dont il était l’un des interprètes principaux. Et cette envie de Transquinquennal d’aborder la question - mouvante, ambiguë, jusqu’à la perturbation parfois - de l’identité, notamment telle que la pose le philosophe français Clément Rosset : une construction sociale.

Ainsi va-t-on - dans une scénographie modulable de Marie Szersnovicz et avec des éléments vidéo en direct ou en différé - découvrir des histoires enchâssées, des parcours biscornus, un chaos cocasse orchestré avec gourmandise.

Brouilleurs de pistes

Entre récits et action, incarnation et digressions, personnes et personnages, le quintet en scène (Bernard Breuse, Manon Joannotéguy, Miguel Decleire, Stéphane Olivier, Mélanie Zucconi) prend un plaisir manifeste à brouiller les pistes. A l’instar de Stéphane que tous s’obstinent à appeler Philip : la méprise - mais dans quel sens ? - centrale de "Philip Seymour Hoffman, par exemple".


Du salon d’un couple en pleine rupture à un plateau de tournage, d’un jeu télévisé autour d’une vedette japonaise au Noël inventé pour un petit garçon en train de mourir, au beau milieu du Canada, l’ensemble est ludique, vertigineux, névrotique, avec des accents de "Being John Malkovich".

Si on se laisse embarquer par cette indiscutable machine à jouer - avec sa théâtralité assumée et pourtant sans cesse remise en question -, on lui laissera le temps d’un rodage nécessaire avant d’y replonger de plus belle.


  • Bruxelles, Varia, jusqu’au 14 mai, à 20h30 (dimanche à 18h). Durée : 2h20. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be 
  • Sur le site du Varia, plusieurs vidéos d'interviews de Rafael Spregelburd par Transquinquennal à propos de "Philip Seymour Hoffman, par exemple".
  • (1) Coproduit par les quatre centres dramatiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le spectacle se jouera la saison prochaine au Théâtre de Namur (11-13/10), au Théâtre de Liège (17-21/10), au Manège de Mons (25-27/10), et à nouveau au Varia (7-21/12).