Transversal Transquinquennal

Rencontre>Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

Scènes

Nous travaillons collectivement, avec obstination et plaisir, à Bruxelles et ailleurs, depuis 1989." C’est ainsi qu’officiellement se présente Transquinquennal, dont le noyau aujourd’hui se compose de Miguel Decleire, Stéphane Olivier et Bernard Breuse.

En 25 ans, la compagnie a signé 41 spectacles. Et de ce chiffre a intitulé sa dernière création en date, au Varia en mai dernier dans le cadre du Kunsten - reprise dès ce vendredi.

Autrefois et pendant plusieurs années associé aux Tanneurs, Transquinquennal a ensuite passé au Varia "cinq ans avec un contrat de résidence artistique". De quoi souligner "la nébuleuse de la résidence en Fédération Wallonie-Bruxelles", de même que "la place de l’artiste dans l’institution et cette manière qu’a le théâtre classique de faire des économies sur le compte des artistes"… Bref, toujours lié au Varia, le collectif en a depuis trois ans quitté les bureaux pour un studio aux abords du Canal - lieu de brassage de disciplines créatives, de la musique à l’architecture en passant par le recyclage de vélos. "On aurait aimé que cet effet de pépinière soit pris en charge par l’institution ; on l’a créé nous-mêmes."

Fil conducteur

Dans le monde culturel, les anniversaires sont des prétextes autant que des jalons. En 2014 donc, alors que Transquinquennal célèbre "la fin de son cinquième plan quinquennal", le temps est venu d’évoquer sa "dimension transversale", que tendent à occulter au fil des saisons les spectacles distincts. Pour autant, le collectif le revendique : "Avec ou sans texte, high-tech ou low-tech, seuls ou en collaboration, nous créons des spectacles qui nous ressemblent, mais qui ne se ressemblent pas."

Un fil les relie cependant, une préoccupation constante et fondatrice : "la relation avec le spectateur, tout en élevant le niveau de la conversation le plus haut possible". C’est d’ailleurs, estiment-ils, "l’imaginaire créatif du spectateur [qui] fait fonctionner l’histoire". Du dispositif interactif de "La Lettre des chats" aux chiffres balisant le parcours de "Quarante-et-un", en passant par le bouton à presser ou non de "Capital Confiance", le public a toujours un rôle dans les spectacles de Transquinquennal, qui d’ailleurs s’oppose sans relâche à "la culture de l’illusion" : "Dans La Estupidez, les interrupteurs du décor éteignent vraiment la lumière ; si un acteur oublie d’appuyer, ça reste allumé."

Le principe de réalité

Dito’Dito hier ("Ja ja maar nee nee/Ah oui ça alors là", "Kortom/Enfin bref"…), puis Tristero ("Coalition", "Capital Confiance"… et "We want more" qui sera créé au printemps prochain au Kaaitheater) : le croisement de Transquinquennal avec des artistes flamands s’est fait "sur une base pratique et artistique". Une rencontre où se cristallise le principe de réalité, là où souvent "le théâtre francophone tenait compte d’une sorte d’absolu du théâtre". Si la plupart des praticiens du théâtre tiennent la convention pour acquise, le collectif estime au contraire qu’on peut partir d’ailleurs. "Comme créateurs, on a toujours une interface entre le public et nous : l’institution, avec ses propres codes et conventions. Mais une fois les spectateurs dans la salle, c’est entre eux et nous."

La réalité de l’instant théâtral, c’est aussi, raconte Stéphane Olivier, "un spectateur pris par une quinte de toux, moi qui vais chercher une bouteille d’eau derrière le rideau et la lui donne". Bénéfice immédiat et partagé, en dépit du reproche de "casser la fiction". En d’autres termes, d’aller "à l’encontre de la culture de l’incarnation". Un conflit assumé entre "être dans le présent de la représentation et être un personnage qui y préexiste". À moins, comme Bernard Breuse, d’aller plus loin : "Au diable le personnage !"

The Choice

"Tout ça nous emmène vers l’avant", disent ceux qui, pour 2015-2016, ourdissent "The Choice", en deux versions, une au Théâtre de Liège, une aux Tanneurs. Première étape : établir la liste des pièces qui seront soumises, en début de saison, au choix du public. Avec pour corollaire un questionnement sur le répertoire ("nous sommes relativement respectueux du texte théâtral ; nous ne voulons pas le trahir mais être libres") et pour fil rouge, toujours, la place du spectateur.

Rencontre>Marie Baudet

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM