Scènes A Paris, Luca Francesconi signe une adaptation brillante de "La Comédie humaine".

Les mélomanes belges se souviendront peut-être de Luca Francesconi : comme auteur de "Ballata", opéra créé à la Monnaie en 2002 d’après Coleridge. Après avoir notamment composé "Quartett" d’après Heiner Müller, le compositeur italien (né en 1956) est cette fois à Paris pour un nouvel opéra basé sur un grand texte : "Trompe-la-Mort", un des rares opéras à oser mettre Balzac en musique. C’est en effet sur "Splendeurs et misères des courtisanes" que se base le livret en français, un collage réalisé par le compositeur au départ du roman.

Trompe-la-Mort, c’est un de surnom de Vautrin, alias ici Carlos Herrera, personnage trouble entre lumière et ombre, ordre et crime. Il tente ici d’imposer dans la société parisienne le jeune provincial Lucien de Rubempré. Comme chez Balzac - mais avec la précision d’entomologiste en moins, car il ne reste qu’un texte forcément réduit, on croise barons, comtesses ou marquis, mais aussi Rastignac et quelques autres - pas moins de douze rôles solistes.

Spectaculaire et splendide

L’action est construite en lasagne entrelardant quatre niveaux d’action : le monde des apparences et ses salons, le monde des coulisses inavouables, le monde des sous-sols (le "Troisième dessous" dont parle Balzac) et, en plus, l’évocation d’un voyage de Vautrin et son protégé. A chacun de ces mondes correspondent des couleurs et styles de la partition, qui revêt du coup plusieurs visages de la création contemporaine : classique d’aujourd’hui, mais aussi courant répétitif ou rock.

Dirigée de main de maître par Susanna Mälkki et particulièrement riche en percussions et bruitages de tous genres, la partition se révèle brillante, même si le mélange incessant des couches rend difficile - surtout à la première découverte d’une œuvre de deux heures données sans entracte - d’en percevoir toute la richesse. Dans la distribution (entièrement francophone), des pointures comme Laurent Naouri (Vautrin, souvent obligé ici de chanter avec… l’accent espagnol de son personnage !), Julie Fuchs (Esther) ou Béatrice Uria-Monzon (la Comtesse de Sérisy).

Plus immédiatement perceptible que la musique, c’est le visuel qui séduit plus encore : le Belge Guy Cassiers signe une mise en scène spectaculaire et splendide, forte notamment de colonnes vidéo qui montent et descendent et figurent très clairement les niveaux de l’action en reproduisant les ors, mais aussi les caves du Palais Garnier où se donne la création.

Paris, Palais Garnier, jusqu’au 5 avril, www.operadeparis.fr. Diffusion sur France Musique le 31 mai.