"Tu saisis fieu" : Goethals est de retour

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Scènes

ENTRETIEN GUY DUPLAT

Cela devrait être savoureux et instructif. La nouvelle création du KVS à Bruxelles dont la première aura lieu samedi, s’intitule “Raymond”. Son auteur, Thomas Gunzig, s’est inspiré du personnage de Raymond Goethals, le légendaire entraîneur de foot. Pour citer Gunzig : “Je me suis toujours demandé qui étaient les gens qui ont connu un “grand destin” avant de connaître ce grand destin. J’ai toujours voulu savoir quelles étaient les petites histoires qui se cachaient derrière les grandes. C’est ça, quelques brols sur la vie. L’histoire d’un vieux bonhomme légendaire, plus mort que vif, qui essaye de comprendre comment on devient ce qu’on est.” La mise en scène est signée Manu Riche, cinéaste et documentariste. Josse De Pauw monte seul sur scène. Le monologue est un mix de français et de néerlandais, compréhensible par tous. Un exploit en soi.

Nous avons interrogé le grand acteur Josse De Pauw.

C’est curieux de monter un spectacle autour de Goethals ?

Je le pensais aussi au départ, mais vite j’ai compris pourquoi Manu Riche, le metteur en scène y avait pensé. Goethals incarne une période passée de la Belgique. Pas seulement dans le football, mais aussi dans la vie belge. Dans une sorte de machisme. On aurait pu faire aussi une pièce sur Paul Van den Boeynants par exemple. Goethals était un homme obsédé par son sport et qui se foutait pas mal du reste. Ce n’était pas l’argent qui l’obsédait mais le football et la passion de communiquer sur celui-ci dans une langue incroyable. C’était un homme qui a tenté d’organiser et de contrôler sa vie autour de cette passion alors qu’aujourd’hui, on voit qu’on ne peut plus rien contrôler.

Mais tout n’était pas net chez Goethals. Il fut impliqué dans des histoires louches ?

Oui, mais jamais très graves, de petites magouilles et, à son époque, on acceptait cela. Aujourd’hui, on veut davantage que tout soit blanc. Mais Goethals n’était pas un magouilleur, c’était avant tout un humain, un homme d’un autre temps.

Incarne-t-il les forces et faiblesses des Belges ?

Les deux. Si la Belgique a pu exister, c’est grâce à ce côté humain, un peu magouilleur, arrangeur (on ne doit pas défendre cela, mais l’art du compromis n’en est pas très éloigné). Il avait de plus, une manière incroyable de parler les deux langues à la fois. Ce n’était pas du bruxellois, non, il passait sans cesse du français au flamand et inversement au rythme de sa pensée, dans une sorte de poésie. En Belgique, nous sommes des bâtards, des bâtards suprêmes et tant mieux. Comme le furent Magritte, Broodthaers, la compagnie Radijs qu’on avait créée. Ce côté impur est très belge et toujours passionnant. Le pur est du côté de la mort, l’impur est du côté de la vie et Raymond était un vitaliste.

Vous n’êtes pourtant pas très branché football ?

J’aime bien regarder un bon match mais je ne suis pas un supporter. Quand j’étais enfant, j’accompagnais mon père à Anderlecht, voir Van Himst et Verbist.

Le texte de Thomas Gunzig n’est pas une histoire de Goethals ?

Il connaissait à peine Goethals et n’a pas fait de recherches. Il a écrit une fiction mais qui permet de faire renaître le personnage. Un texte malin comme Goethals était malin. Je ne cherche pas à imiter Goethals : je ne fume pas, j’ai une autre tête. Mais comme lui, je parle sur scène en deux langues, passant sans cesse du français au flamand sans qu’il y ait de surtitres pour les spectateurs. Mais les néerlandophones et les francophones devraient comprendre tout sans aucun problème. Ce sera drôle cependant de voir qu’une partie du public risque de rire par exemple à un autre moment que l’autre partie de la salle en fonction de la langue. Thomas Gunzig a écrit son texte en français et moi, je traduis souvent des bouts de phrases, au rythme de mes pensées. Le texte de Thomas Gunzig m’a favorablement impressionné. Thomas est bien plus jeune que moi, mais il a bien rendu cette époque de ma jeunesse.

Entendra-t-on la voix de Goethals ?

Ce n’est pas encore décidé à l’heure où je vous parle. On verra d’ici samedi. Je vois ce texte comme une partition devant moi avec une certaine liberté pour changer de langue quand je le veux, comme je sens la salle. J’ai dit au directeur du KVS, que ce texte, dans deux langues à la fois, est le plus difficile que j’ai eu à connaître. J’espère pouvoir redonner cette période particulière de Goethals, ce mensonge aussi toujours là, mais jamais trop grave.

Goethals est un personnage très bruxellois ?

Oui. VDB, je le disais, ferait aussi un bon personnage. Mais aussi Jan Hoet, l’ex-directeur du Smak à Gand qui, comme Goethals, n’arrête jamais de parler ! Goethals donnait des interviews aussi bien à la RTBF qu’à la VRT. Il plaisait à tous. Même ma mère qui ne s’intéressait jamais au football, l’adorait. J’aimerais, un rêve, que l’on puisse jouer ce spectacle en France, à Marseille par exemple, où Goethals fut si puissant. Le jouer dans cette langue mixte et bizarre. Le public ne comprendra pas tout mais ce ne sera pas grave.

“Raymond” au KVS à Bruxelles, du 25 février au 6 mars, à 20h, infos : wwww.kvs.be, tél. : O2/2101100

© La Libre Belgique 2012
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