Scènes

Une chorégraphie dans le brouillard, histoire de traverser en sensations le thème de l'exil, c'est la proposition très esthétique du couple italien Lisa da Boit et Giovanni Scarcella (Cie Giolisu). Au théâtre de L'L, on entre presque à tâtons dans la salle. Assis de part et d'autre d'un couloir embrumé, difficile de percevoir l'"Autre" par delà la "frontière"... D'une violence sourde, quasi policière, deux lumières, rouge et jaune, pointent à tour de rôle ce no man's land où l'on aperçoit, aux extrémités, un homme et une femme. Une atmosphère se tisse, une histoire se trame. "Ultime exil" ressemble alors à un superbe extrait de film d'art et d'essai qui raconte, tantôt la solitude existentielle, tantôt une envie urgente de communier.

En une heure dense, un homme, une femme, une errance, une quête, une rencontre, des accrochages, une prière... Sur une musique industrielle d'Eric Ronsse et les lumières flouant la brume de Vincent Prinkaers, Lisa da Boit et Giovanni Scarcella tracent leurs solos et s'affrontent en duos passionnels. Autour d'une table, une danse de chutes, de glissements et de remontées. Au sol, ils rampent, s'enjambent, se traînent comme un cadavre.

Si le thème de l'exil se fond parfois dans le "couple", le spectacle reste un bel ovni. La compagnie a décidé de lui donner un sens plus aigu avec une représentation programmée dimanche matin à 7h : une rencontre, dans le brouillard, entre les couche-tard et les lève-tôt, une expérience de spectateur, suivie d'un petit-déjeuner Oxfam. Lundi, la représentation, à 14h, proposera un débat sur les 40 ans d'occupation militaire des territoires palestiniens.

"Danse Balsa Marni", qui prend le pouls de la diversité de la danse contemporaine à Bruxelles, annonce encore quelques surprises. Ce soir, à la Balsamine, un autre ovni avec "Troupeau/Rebano" d'Ayelen Perolin, où quatre danseurs en peaux de mouton et à quatre pattes se cognent et se re-cognent dans une chorégraphie animalière assez confondante qui questionne l'homme et l'instinct. Le spectacle s'enchaîne avec une "soirée composée" de haut niveau : huit danseurs déployant "Le Corps et la Mélancolie" par la compagnie Mossoux-Bonté, "Identificazione di una donna", un solo de Claudio Bernardo, inspiré du film d'Antonioni et une tentative d'osmose entre la danse et le jazz dans "Riffer la danse" de Garett List et Bud Blumenthal. Pointons enfin, la semaine prochaine deux créations. "La Forêt" de Sandra Vincent où, sur des carrés de lumière, des voix de femmes d'âges différents installent cinq solos sur la solitude. Et "Winter" de Kyung-a Ryu, écho d'un rêve, entre danse et art plastique. De l'exil à la mélancolie, de la solitude à l'animalité le corps se met en mouvement pour une dernière semaine de créations bruxelloises. Nurten Aka

Bruxelles, Festival Balsa Marni XI, jusqu'au 23 juin. Infos et réservations 02.735.64.68. Web www.balsamine.be

© La Libre Belgique 2007