Scènes

S'il est prématuré d'établir un bilan, on peut toutefois déjà écrire que la cuvée 2002 est digne malgré deux ou trois spectacles à la traîne.

Les créations pour tout-petits, qui se faisaient désirer, se succèdent en cette deuxième moitié de Rencontres grâce à `Même pas peur´ par Imprudanse ou au pluvieux `Côa´, d'après le livre sur Jérémie-le-Crapaud de Beatrix Potter, union d'un amphibien têtu et d'une poule mouillée diva, bercée par les bruits de la pluie et les bribes d'opéra. En attendant le prometteur `Petit peuple de la brume´ par le Théâtre du Papyrus habitué à présenter des créations de très grande qualité, soignées et signées d'une grande poésie.

Les enfants dès six ans seront heureux de découvrir dans les mois à venir le `Gepetto´ du théâtre des Zygomars mis en scène par Yves Coumans et écrit par Carl Norac, auteur de littérature jeunesse qui aime également marquer le jeune public de son empreinte.

Pour les plus grands, les créations intelligemment provocantes telles que `41 rue de la Limite´ ou, dans un autre style, `Et pourtant, elle tourne!´ se taillent également une belle part de lion. Incontestablement, par leurs approches diversifiées, les compagnies ici présentes cherchent toutes à aider les enfants à grandir en leur présentant un art aussi vivant et rêveur qu'eux.

Venu du Cameroun, pour la 2e année consécutive, Etoundi Zeyang, directeur du Théâtre du Chocolat à Yaoundé, est cette fois membre du jury. Il nous a livré ses impressions en tant qu'artiste et ses propos confirment ceux d'autres programmateurs français.

Une locomotive européenne

Pour lui, le théâtre jeune public belge est une des locomotives européennes avec les Italiens, les Allemands, les Suédois et les Danois. `Les metteurs en scène osent et poussent la démarche assez loin, proposent des spectacles ouverts qui n'imposent rien. Le théâtre jeune public belge a pu quitter le côté didactique que l'on connaissait dans les pays de l'Est et qu'on retrouve encore en France, par exemple. Ici, le travail de la Galafronie, qui a proposé deux spectacles très différents, `Amazone´ et `41 rue de la Limite´, marque réellement´, nous dit notre interlocuteur avant de nous raconter qu'au Cameroun le théâtre pour enfants, présent depuis les années 80, vit dans la précarité, comme tout le secteur culturel, le gouvernement préférant selon lui privilégier le `scintillant´. On y parle cependant de la ruralité et de l'urbanisme, préoccupations des jeunes de là-bas tandis qu'il traduit les nôtres. `Les thématiques abordées ici sont diversifiées mais tournent toujours autour des soucis des jeunes, de la sexualité à l'intolérance en passant par les relations parents-enfants.´

Son passage en Belgique devrait aboutir à la présence de spectacles belges au Cameroun, entre autres pour aider le théâtre jeune public à mieux s'y développer car, dit Etoundi Zeyang, les enfants des pays sous-développés ont encore plus besoin de théâtre que ceux des pays développés. Alors, surtout, ne boudons pas ce luxe essentiel qui nous est offert.

© La Libre Belgique 2002