Scènes

André Dussolier a reçu le Molière du comédien dans un théâtre public. "Novecento" était il y a peu au théâtre de Namur.

Voir l’Amérique : nombreux en ont rêvé avant de le vivre. A bord du "Virginian", un infatigable transatlantique, un bébé est découvert abandonné dans une caisse posée sur un piano. C’est la vie de cet être que nous conte André Dussollier, qui incarne son ami trompettiste. Ne sachant rien de lui, sinon qu’il est né en 1900, un matelot décide d’appeler l’enfant Novecento. En réalité, il deviendra Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento - l’abondance de noms devant masquer le néant de ses origines.

Pour le monde, Novecento n’existe pas. Il n’a ni patrie, ni famille, ni date de naissance. Mais le monde ne cesse de venir à lui en défilant à ses côtés. Ainsi voyage Novecento, grâce aux musiques que les passagers partagent avec lui. Déterminé à ne jamais quitter son bateau, il ne pourra empêcher son excellence au piano de parvenir à terre. Un jour, il envisage de descendre à New York pour… aller voir la mer. Puis se ravise. Quitter le "Virginian" signifierait figer ses désirs. Heureux, malheureux, la musique est tout ce qui lui importe. Avec elle, à travers elle, Novecento a vu ce qu’il y avait à voir.

Une bonne histoire

"T’es pas vraiment foutu quand il te reste une bonne histoire et quelqu’un à qui la raconter." Pour retracer le destin de Novecento, le grand comédien français qu’est André Dussollier raconte avec finesse et générosité, interpelle l’orchestre qui l’accompagne, virevolte, danse. Les atmosphères changent, les émotions se succèdent dans un décor sobre, modulable, qui jamais n’écrase le jeu. La musique est omniprésente, grâce à un quartet de jazz, où l’on retrouve Elio di Tanna, pianiste remarqué qui, à sa façon virtuose, incarne Novecento.

"Dans les yeux des gens, on voit ce qu’ils verront, pas ce qu’ils ont vu", écrit Alessandro Baricco. Publié en 1994, son monologue théâtral a été adapté par André Dussollier et Gérald Sibleyras, avec la collaboration de Stéphane de Groodt - reconnaissable dans certains passages où abondent d’intelligents jeux de mots. Le Théâtre de Namur accueille jusqu’au 13 février cette production vivante aux allures de conte qui célèbre la liberté et les pépites de rêve et d’envies qui sommeillent en chacun.