Scènes

Seule en scène, Laure Chartier porte avec sincérité et humour "l'histoire vraie d'une fille sans histoire". Un viol et la spirale de l'après. Au Public jusqu'au 21 avril.

Si la parole - qui se libère depuis quelques mois dans le sillage de l'affaire Weinstein et de la déferlante #MeToo - a pour vertu première de porter témoignage, Laure Chartier va bien au-delà dans "Un fait divers". Ce projet, que la jeune comédienne et autrice porte avec Aurélie Trivillin (metteuse en scène) et Sania Tombosoa (assistante), est né de son besoin de dire, et voit le jour alors que l'écoute et le débat public se sont en partie ouverts à ces graves questions : théorie du genre, oppression, culture du viol... 

© Marianne Grimont

Actrice, Laure Chartier s'est découverte autrice, et capable d'endosser son propre texte. Elle a décrit, écrit et interprète ce qui se passe après un viol, du poste de police aux bras accueillants des amis, du bureau d'avocats au cabinet du psy-conseil, jusqu'au tribunal correctionnel (sic : le viol, en droit belge, est classé parmi les délits et non les crimes).

Statistique, stéréotype, victime ?

Un fait divers, une statistique, un stéréotype : voilà en quoi institutions et médias transforment les personnes victimes de viol. Victime ? Une vérité crue et un mot auquel refuse de se réduire la jeune femme qui franchit chaque étape l'une après l'autre, y compris l'examen chez la gynéco qui s'accroche au "kit viol" comme à une bouée, la tri-thérapie préventive et ses effets secondaires, la vie qui continue : amis, travail, parents, loisirs... Le quotidien qui reprend le dessus. "Je répète, j'ai une première dans une semaine et demie. Je me traite. J'ai des dérangements intestinaux. Je suis fatiguée."

© Marianne Grimont

Les lumières précises de Laurent Kaye, la scénographie et les costumes de Delphine Coërs habillent d'une simplicité efficace la première personne de mise pour ce récit au sujet délicat et complexe, aux racines éminemment personnelles, où l'actrice s'engage frontalement. "D'habitude on ne me voit pas. Je suis la fille sympa qu'on ne fixe pas forcément dans cette foule..." Où le réel s'invite jusqu'au sordide parfois, avec légèreté souvent. Où la confiance revient, où l'ego cicatrise puis, soudain, à nouveau se brise sur les arêtes du souvenir. Où les questions tournent, lancinantes, comme les images et le malaise charriés par ce seul mot : viol. "Plus facile à écrire qu'à dire."

Un cas particulier (mais pas isolé) que Laure Chartier fait résonner loin et fort, sans esbroufe, non sans maladresse parfois, mais surtout avec justesse, sincérité, et suffisamment de personnalité et d'autodérision pour le délivrer du pathos. "Un fait divers" nous entraîne dans ce voyage, à la juste distance du cataclysme traversé et de la résilience.

© Marianne Grimont

  • Bruxelles, Public (petite salle), jusqu'au 21 avril, à 20h30. Infos & rés.: 0800.944.44, www.theatrelepublic.be
  • Le spectacle sera repris la saison prochaine, du 6 novembre au 1er décembre.