Scènes

Critique. Fable cocasse, haletante et hypermaîtrisée, entre cabaret, théâtre et cinéma d'animation, "Golem", en anglais surtitré en français, réjouit autant par son originalité que par la pertinence de son propos. Le tout réalisé par la Compagnie 1927 – comme l'année de la sortie du premier film parlant "Le Chanteur de jazz" – avec un professionnalisme qui laisse rêveur... Cette fois, c'est au mythe du «Golem», à découvrir sans hésiter au National cette semaine, que s’attellent l'auteure-metteuse en scène Suzanne Andrade et son mari, le dessinateur Paul Barritt. 


Grande figure de la mythologie juive, apparaissant généralement sous forme humanoïde, dénué de parole et façonné dans l'argile pour mieux servir son créateur, le Golem, qui aurait inspiré, entre autres, le personnage de Frankenstein et le cinéma expressionniste, se retrouve dans de nombreuses œuvres littéraires, télévisuelles ou théâtrales. Comme ici où une succession de séquences très courtes, presque enivrantes, défile sous nos yeux à un rythme soutenu, entre autres par le batteur et la pianiste présents sur scène pour appuyer la création du groupe punk "Annie & The Underdogs" ("Annie et les exploités"). 

Dans cette maison où le jazz, qui inciterait à la débauche, est interdit, vivent Robert, l'employé modèle dans son costume à carreaux marron, Annie, sa sœur, Joy, une jeune fille très convenable à laquelle Robert s'intéresse de plus en plus, ou encore la "Granny" qui intervient avec son pique-nique, son tricot et autres rituels, époussetant, épisodiquement, le portrait noir et blanc de feu son mari avec lequel elle converse pour lui confier son désarroi. Des images d'enseignes se superposent sur l'écran en guise de décor, entre poissonneries, magasins de chaussures et sex-shops. 

© Bernhard Mueller

Tout semble rouler pour les protagonistes – en interaction constante avec les images animées – jusqu'à l'irruption du Golem en terre-glaise qui ne quittera plus Robert d'une semelle, s'occupera de son ménage ou l'incitera à acheter de ridicules bottes jaunes dont il n'a même pas envie.

De plus en plus intrusif, cet alter ego gère la vie de Robert à coups de slogans puis se laisser dépasser par un Golem version 2, plus performant, plus robotisé, plus influent, au point de gérer sa promotion. En attendant la troisième version de ces démons de nos sociétés de consommation et surproduction dont la première syllabe, "go" comme "allez!" en anglais, résonne à la manière d'une injonction. "Go" également comme les premières lettres de «Google». Comment ne pas y penser à la lecture de ce spectacle jeune et tout public aussi décalé que jouissif?


  • Bruxelles, Théâtre national, jusqu'au 2 décembre. Durée : 1h30. Dès 12 ans. Infos & rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be