Scènes

Par Isabelle Pousseur, le dernier chapitre du roman culte d'Hubert Selby Jr., "Last Exit to Brooklyn". Une ambitieuse création (Théâtre de Liège, 2017) à présent reprise à Bruxelles.

Quels liens tracer entre le retour du loup dans les forêts des Cévennes et la vie dans les communautés urbaines de Brooklyn ? Cette question illustre l’ampleur tant du roman d’Hubert Selby Jr. que de l’adaptation que tire Isabelle Pousseur de son dernier chapitre. Créé en septembre 2017 au Théâtre de Liège (de quand date la publication originale de cette critique), le spectacle de l'Océan Nord, coproduit par le Rideau de Bruxelles, est à présent repris au Varia jusqu'au 27 octobre 2018.

Marin, tuberculeux, Selby, né en 1928, tombe en littérature lors de ses fréquents séjours à l’hôpital. Il lit d’abord, beaucoup, et bientôt se mettra à écrire. Publié en 1964, son premier roman "Last Exit to Brooklyn" fit des remous : procès pour obscénité en Angleterre, interdit de traduction en Italie, interdit à la vente aux mineurs dans plusieurs Etats des USA... Une "bombe infernale", selon Allen Ginsberg. Quant à Selby lui-même, il le résuma spontanément par "les horreurs d’une vie sans amour".

© Michel Boermans

C’est sur le dernier chapitre - Coda, intitulé "Bout du monde" - que s’est concentrée Isabelle Pousseur, fondatrice et directrice du Théâtre Océan Nord, pour cette création ambitieuse. Soit 24 heures de la vie des habitants d’un immeuble de Brooklyn, du samedi matin au dimanche matin. Un jour de congé pour la plupart, où l’on retrouve à divers moments du jour et de la nuit des couples, des familles, des bandes… Mais aussi des origines, des religions diverses. Des hommes et des femmes.

Une partition complexe et cependant lisible

Or s’il est un premier fil rouge à dégager du spectacle créé dimanche dernier à Liège, c’est certainement l’attention portée par l’auteur (et relayée par la metteuse en scène) à la condition des femmes. Celles qui font bouillir la marmite, celles qui endurent le désir impérieux des hommes, ou son absence, celles qui séduisent, celles qui contemplent, celles qui agissent, celles qui prennent leur mal en patience, celles qui se révoltent, celles qui résistent. Entre individus et chœur, et avec de nombreux changements de rôle, "Last Exit to Brooklyn (Coda)" offre une palette impressionnante à observer, passionnante à décrypter.

Les hommes ne sont pas en reste dans cette adaptation en forme de partition, complexe et cependant lisible qui, grâce à la scénographie de Didier Payen, fait coexister ou se succéder des univers tantôt hermétiques, tantôt poreux. L’intimité des foyers et l’espace public, les tâches quotidiennes et les vannes ouvertes de la nuit.

Pedro Cabanas, Paul Camus, Brigitte Dedry, Simon Duprez, Edoxi Gnoula, Anatole Koama, Mathilde Lefèvre, Aline Mahaux, Julie-Kazuko Rahir et Pierre Verplancken - sans oublier la jeune Yanaé Minoungou - habitent ce monde de leur diversité, dans un ensemble qui, s’il accuse quelques longueurs, embrasse avec justesse la notion mouvante/émouvante de communauté. 

© Michel Boermans


  • Liège, Théâtre (salle de la Grande Main), jusqu’au jeudi 5 octobre, à 20h (samedi et mercredi à 19h). Durée : 2h45. De 8 à 22 €. Philostory autour du spectacle, lundi 2 octobre à 19h, avec Isabelle Pousseur, Baptiste Morizot, Vinciane Despret et Antoine Janvier. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be
  • Coproduit par le Théâtre Océan Nord, le Théâtre de Liège et le Rideau de Bruxelles, "Last Exit to Brooklyn" sera repris en octobre 2018 par le Rideau au Varia.
  • Reprise 2018 : jusqu'au 27 octobre, au Grand Varia, Bruxelles, à 20h. Également le lundi 22 octobre à 13h30. Rencontre avec l'équipe du spectacle et un invité témoin le mercredi 24 octobre après la représentation. Infos & rés.: 02.737.16.01, www.rideaudebruxelles.be