Scènes

Alexandre Trocki dans "Et avec sa queue, il frappe", monologue signé Thomas Gunzig. Reprise jusqu'au 18 mars, aux Tanneurs. Critique.

Tous les porteurs de lunettes le savent : sous le crachin, c’est l’enfer flou. Marie Szersnovicz, scénographe de talent ("Coalition", "Habit(u)ation", "La Estupidez", entre autres, c’était elle), signe ici un dispositif aussi simple que judicieux. Un brumisateur géant place le comédien dans une nuée continue, sous une pluie insistante, insidieuse, symbolique et banale. 


Fils et père stationnent devant la grille de l’école. Jeune ado craignant les brimades de ses camarades : Killian qui le pousse, les autres qui rigolent. Adulte renvoyé à son propre parcours : des parents d’une prudence extrême, qui se tenaient en retrait du monde "comme s’il était contagieux", son changement d’école pour se retrouver seul dans la cour de récréation, à observer les moindres détails du sol, oh un papier, tiens une capsule. Et puis la transition : un jour le gamin, au lieu de son illustré, achète une cassette vidéo, et Bruce Lee entre dans sa vie…

Machine à jouer

Ne trouvant pas de texte à la mesure de leur envie de travailler ensemble, David Strosberg et Alexandre Trocki se tournèrent vers Thomas Gunzig, romancier, nouvelliste, dramaturge et chroniqueur. Leurs discussions les menèrent sur le terrain de la paternité, de la transmission, de la personnalité en construction. Le spectacle, qui vit le jour en février 2014, est repris deux ans plus tard après une belle tournée.

Avec son style identifiable (ses tics, diraient ses détracteurs), acerbe avec tendresse, "Et avec sa queue, il frappe !" naît de cette exploration aux contours en partie autobiographiques. De l’influence du cinéma de série B sur un homme en devenir. A qui "La Fureur du dragon", "Massacre à la tronçonneuse" ("le premier film où les gens ont des spasmes quand ils meurent"), "Evil Dead", ou "Les Griffes de la nuit" apprennent "les secrets du monde, les coordonnées" - bref, à apprivoiser sa peur.

Sous l’œil précis de David Strosberg, Alexandre Trocki fait de ce texte parfois un peu systématique une formidable machine à jouer, l’objet d’une performance épatante.

Bruxelles, Tanneurs, jusqu'au 18 mars. Durée : 1h. Infos & rés. : 02.512.17.84, www.lestanneurs.be