Scènes Les Georges - Feydeau et Lini - se sont trouvés. Vaudeville funambule à déguster au Parc.

"Je ne veux ni d’un Macbeth en armure, ni d’un tailleur en costume à carreaux", affirme Georges Lini (on se souvient de son "Conte d’hiver", il y a deux ans, au Parc), que n’intéresse pas le fait de se servir du théâtre comme d’un outil de reconstitution historique.

Soucieux de revisiter le répertoire, de lui "faire perdre son statut de déjà-vu pour en renouveler la perception, faire surgir des réponses neuves et imprévisibles", le metteur en scène et sa Cie Belle de Nuit ont pourtant choisi de monter Feydeau. "Pourtant", car on a pu s’interroger, tout récemment encore, sur l’opportunité de revenir aujourd’hui sur le vaudeville et ses codes datés.

Certes, Feydeau (1862-1921) a composé d’implacables machines à faire rire, hérissées de quiproquos et réglées au millimètre. Mais Georges Lini - partageant avec l’auteur son prénom - y voit davantage : un théâtre sombre, "visionnaire et inquiet", dont les personnages/cobayes sont "en souffrance, sortes d’animaux de laboratoire livrés aux rires des assistants/spectateurs".

© Sébastien Fernandez

A cette noirceur fait écho la farfelue "agonie chronique" que Moulineaux, médecin jeune marié et volage, diagnostique chez Bassinet, envahissant agent immobilier dont il a résolu de se faire un alibi pour la nuit passée hors du domicile conjugal - et un allié à qui louer le studio où voir sa maîtresse Suzanne… Car bien entendu, il est question ici d’adultère et de quiproquos, enchâssés, feuilletés, superposés jusqu’à l’absurde, tout en répondant à l’impérative logique du mensonge et aux canons de la séduction. Sans escamoter - mais sans surligner non plus - les repères bousculés par #balancetonporc.

Sur le fil

Le surprenant dispositif scénique conçu par Thibaut De Coster et Charly Kleinermann - le talentueux tandem signe aussi les costumes - accentue le funambulisme des personnages, sans cesse sur le fil de leurs propres mots et tenus par celui des conventions sociales.

Dans ce décor surprise où les portes qui claquent sont devenues des trappes, et où chaque pas relève de l’exploit, le qui-vive inhérent à la pièce s’assortit d’un jeu extrêmement physique, sinon sportif, auquel s’adonne brillamment la troupe réunie pour l’occasion : Isabelle Defossé et Stéphane Fenocchi (les Moulineaux), Michel Gautier (leur domestique), Marie-Paule Kumps (la fantasque belle-mère), Thierry Janssen (l’encombrant Bassinet), France Bastoen et Eric De Staercke (Suzanne, maîtresse de Moulineaux, et son mari Aubin) et Louise Jacob (maîtresse d’Aubin et épouse de Bassinet). Distribution judicieuse pour un spectacle échevelé, au propre comme au figuré, et où la caricature omniprésente, dosée avec précision, évite les écueils du genre.


Créé au Vilar, à Louvain-la-Neuve, joué déjà à Namur et à Mons, ce "Tailleur pour dames" bien rodé embrasse ses propres digressions pour emmener le public droit au but : un divertissement intelligemment construit et rigoureusement réussi. Et dont le rythme ne souffre ici que d’être interrompu par un entracte.


  • Bruxelles, Théâtre royal du Parc, jusqu’au 17 février, à 20h15 (dimanche à 15h). Durée : 2h, entracte compris. De 5,5 à 27 €. Infos & rés. : 02.505.30.30, www.theatreduparc.be