Scènes

A AVIGNON

La position n'était sans doute pas des plus confortables pour le nouveau directeur du Théâtre de l'Escalier des Doms, acquis par la Communauté française en août dernier au prix officiel de 892.000 euros (36 millions BEF). A peine désigné, le 31 janvier, parmi 19 candidats, Philippe Grombeer devait en effet accueillir, vendredi en début de soirée, une délégation de soixante Belges - dont un fort contingent de journalistes - invités par le ministre-Président de la Communauté française Hervé Hasquin.

Arrivé par TGV et par avion pour l'inauguration officielle avec concert de jazz et cocktail dînatoire - dont le coût global s'élèverait à quelque 50.000 euros prélevés sur le budget du protocole -, ce groupe a pu découvrir dans un crépuscule doré la charmante maison sise au pied des murailles du Palais des Papes. Visite faite, un des invités qui, en bon Belge, a une brique dans le ventre (et, en l'occurrence, pas sur l'estomac), soufflait in petto : `Si ça ne marche pas, on pourra toujours revendre le bâtiment à bon prix...´

PROGRAMMATION ET PROMOTION

Le ministre, lui, n'entend visiblement pas laisser dormir cet investissement qu'une bonne partie du milieu théâtral a jugé intempestif, voire incongru. En quelques mois, une asbl a été constituée, des statuts et un cahier des charges rédigés; un conseil d'administration a été élu par une assemblée générale de vingt-et-un membres effectifs, un bureau exécutif - composé majoritairement de professionnels de la scène - a été désigné et un directeur nommé.

Présidé par Maurice Peeters, chef de cabinet du ministre régional bruxellois Didier Gosuin, ce bureau regroupe des personnalités comme Philippe Sireuil, Michel de Warzée, Jo Dekmine, Michel Boermans, Daniel Léon et Erik Gobin.

Le CA au grand complet s'est réuni samedi matin pour mettre la dernière main au projet des `Doms´, qui doit être opérationnel dès le prochain Festival d'Avignon, du 5 au 27 juillet 2002.

Philippe Grombeer, ex-directeur des Halles de Schaerbeek, a pu expliciter la manière dont il compte s'acquitter des missions qui lui ont été confiées, à savoir la gestion du Théâtre de l'Escalier des Doms et la promotion des artistes et des productions artistiques de la Communauté. Le cahier des charges décline cet objectif général en deux volets plus précis.

Dans le cadre du Festival d'Avignon, il s'agit de mettre en oeuvre `la programmation, après appel à propositions et en collaboration avec le comité de programmation de l'association d'un éventail de productions et d'initiatives artistiques, essentiellement théâtrales et chorégraphiques, reflétant le dynamisme, la richesse, la diversité et la singularité culturels de la Communauté française´.

Durant toute l'année, les Doms devront veiller à la promotion des artistes et créations de la Communauté, renforcer leur visibilité par des collaborations et des échanges avec des opérateurs locaux et régionaux, jouer le rôle d'interface dans le Sud de l'Europe entre les artistes de la Communauté et les professionnels de la diffusion, organiser des événements thématiques et enfin mettre sur pied des résidences d'artistes, au Théâtre et en Avignon.

PAS UN GARAGE

Le nouveau directeur précise que l'urgence ne permettra pas cette année de faire appel aux propositions ni de mettre en place le comité de programmation prévu par les statuts. `Mais mon bureau déborde déjà de propositions´,

ajoute-t-il.

Avec un budget de fonctionnement annuel de 322.000 euros (13 millions BEF), les Doms seront forcément une structure d'accueil, non de production. `Mais il n'est pas question que le lieu devienne un `garage´ pour tous les spectacles de la Communauté qui désirent se montrer dans le off d'Avignon´, souligne Philippe Grombeer. `Je me vois difficilement monter en première ligne pour des types de théâtre que je ne défendais pas dans le passé. Ainsi, cette année, le programme devrait proposer des découvertes, dans le domaine du théâtre jeune public, dans l'univers du cirque, deux `seul en scène´, un auteur contemporain, etc.´

Les artistes belges francophones présents dans d'autres lieux du Festival pourront cependant compter sur un soutien logistique et technique des Doms.A l'heure de midi, ils pourront s'y retrouver avec le public dans une atmosphère conviviale (un cuisinier est à l'ordre du jour), utiliser les bureaux, y organiser des conférences de presse.Cet été, pour les Belges, le Festival d'Avignon ne sera pas comme les autres...

© La Libre Belgique 2002