Scènes Des quatre créations proposées cette année, c’est celle qui s’impose.

Le coup d’envoi de la 56e édition du Festival de théâtre de Spa s’est fait sous la chaleur. Le temps était même à l’orage comme celui qui gronde dans le petit monde de la scène depuis l’annonce des restrictions budgétaires imposées par la ministre de la Culture à 11 institutions (voir "La Libre" du 7 août). Avec 5 % de dotation en moins pour 2016, le rendez-vous spadois est sur la sellette. Même s’il est acquis qu’il y aura une édition l’an prochain, son avenir pourrait se jouer prochainement lors d’un conseil communal, nous a confié Cécile Van Snick, co-directrice du festival qui, malgré tout, se veut confiante pour la suite.

Trop statique

En attendant que l’événement soit fixé sur son sort, l’heure était à la découverte des quatre créations présentées cette année. A commencer par "L’homme semence" ou l’histoire vraie d’un village privé de tous ses hommes à l’aube des années 1850. Interprété par Marie Avril, ce "seule en scène" nous a quelque peu laissé sur notre faim. Rien à dire sur le texte ou sur l’engagement de la comédienne. C’est plutôt du côté de la mise en scène que l’on s’interroge. Le dépouillement est tel qu’il ôte toute dynamique à la narration. Les bonnes idées, qui ne manquent pourtant pas, s’en trouvent effacées.

Ce même dépouillement est aussi de mise dans "Destin", la pièce de Fabrice Gardin. Un plan incliné carré et quelques ampoules, voilà tout ce qui sert de décor pour représenter l’appartement cossu où se rencontrent Dominique (Marie-Noëlle Hébrant) - historienne de l’art, responsable de la section Art moderne du musée de la ville et propriétaire des lieux - et Anna, une jeune femme qui s’y est invitée. Deux femmes que tout oppose, deux destins diamétralement opposés. L’idée est riche et le texte prête tour à tour à sourire et à s’émouvoir. Mais là encore, la sobriété du décor dessert le propos en rendant la pièce trop statique. Dommage.

Drôle, dynamique et créatif

La troisième création proposée en ouverture du festival évite le piège dans lequel sont tombées les deux précédentes. Sur un texte aussi amusant que cynique signé par le dessinateur satirique et dramaturge d’origine polonaise Slawomir Mrozec (1920-2013) - le plus souvent associé au "théâtre de l’absurde" - "Jour d’été" est une réussite sur tous les plans. Ici, rien n’est absurde. Surtout pas la mise en scène et le jeu des trois comédiens. Ça sonne juste du début à la fin. Dès les premières minutes, on se délecte du jeu de regards proposé par Fabrice Rodriguez. L’inventivité est de mise avec un décor mobile très simple mais servant aussi d’écran de projection pour des séquences vidéo utilisées à très bon escient. C’est à la fois drôle, dynamique et créatif. Une belle réussite produite par Alternative Culture, le Théâtre de la Vie et le festival.

Déception

Nous attendions aussi beaucoup de "Brooklyn Boy", la plus ambitieuse des quatre créations programmées cette année. Présentée au théâtre Jacques Huisman, la pièce signée Donald Margulies, dont "Diner" a remporté le prix Pulitzer de la meilleure œuvre théâtrale en 2000, a déçu. En cause, une mise en scène - signée Armand Delcampe - beaucoup trop statique. Réduits à une immobilité imposée, dans un décor pourtant original et génialement mobile offrant d’innombrables possibilités de jeu, les acteurs n’ont pas pu faire vivre leurs personnages. Et c’est bien dommage. Mais il est encore temps de redynamiser cela avant le début de la saison.

Le festival se poursuit jusqu’au 16 août, notamment avec les deux représentations de "La Vénus à la fourrure" mettant en scène Marie Gillain - César de la meilleure comédienne pour son rôle de Vanda - et Nicolas Briançon. Un rendez-vous très attendu puisque les places se sont vendues en quelques dizaines de minutes seulement.