"Under" fait l'ouverture, sans convaincre

PAR PHILIPPE VANDENBERGH Publié le - Mis à jour le

Scènes

CRITIQUE

Le propre de tout festival est de faire découvrir des choses nouvelles, de bousculer les habitudes et les idées reçues, de sortir des sentiers battus pour emprunter ceux moins accessibles d'une certaine contemporanéité.

Celui de Liège, qui vient de s'ouvrir vendredi soir en grandes pompes - et avec le soutien du Journal Télévisé, s'il vous plaît - veut d'autant moins échapper à cette règle audacieuse que son propos, soutenu par son nouveau directeur, Jean-Louis Colinet, est justement d'interroger le présent.

Pour ce faire, il faut bien aller voir ailleurs ce qui s'y passe. En choisissant le dramaturge Lars Norén comme invité d'honneur pour ouvrir et fermer son festival, Jean-Louis Colinet ne s'aventurait pas en terrain trop inconnu. Le travail de Norén, considéré comme le digne successeur d'un Strindberg, a largement franchi le cap étroit de nos frontières. Mais la pièce initiale «Under» n'avait jamais été interprétée en français.

Elle ne l'est d'ailleurs toujours pas davantage puisque ce sont des surtitres en français qui ont fait découvrir au très nombreux public liégeois la langue vive, acérée, parfois vulgaire et toujours interpellante de Norén.

Dans un décor aussi dépouillé que ses trois personnages - on ne peut s'empêcher de penser à Beckett -, une tranche de vie paumée s'installe, s'impose, dérange.

Par des interjections, des répétitions, signes obtus du langage de sourds, traits d'union brisés entre les êtres.

Pas de fil conducteur, pas d'histoire, juste une recherche effrénée de repères et du minimum vital. Chez ces gens-là, une paire de chaussures est le luxe absolu.

Une trouvaille de mise en scène donne d'ailleurs la parfaite illustration de ce que peut être «marcher à côté de ses pompes». Ce n'est pas la seule d'ailleurs, tant Norén avec trois fois rien, use, et abuse parfois, du symbole mais fait preuve d'une maîtrise certaine de sa démarche jouant avec la lumière pour mieux intercaler ses césures. Du grand art.

Lui sait où il va. Nous pas. Tout l'art consiste alors à vouloir - ou pas - le rejoindre dans son univers assez nihiliste, radical mais très fort, qui évoque un peu le théâtre underground des années 70 mais sans agressivité.

Et c'est là que le surtitrage blesse. Impossible d'entrer dans la chair de ces personnages quand l'oeil doit faire attention aux tirets ou aux virgules.À telle enseigne que dans de véritables tableaux de mimes - on songe ici à un répétitive mais tragique mort sur la croix et son «Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» -, l'osmose se fait grâce au talent des comédiens et à leur force d'expression.

C'est d'autant plus dommage que les rapports à la réalité ne manquent pas aujourd'hui, surtout dans notre pays où l'on cherche à se réfugier, où le froid pique à mort. Rien que pour cela le théâtre de Norén mérite un coup de chapeau. Mais comment le dit-on encore en suédois ?

© La Libre Belgique 2000

PAR PHILIPPE VANDENBERGH

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