Scènes Le Théâtre des 4 Mains signe une des plus belles créations à Huy. Le conflit raconté à hauteur d’enfant.

Mais pourquoi ils font ça ? Aux Rencontres théâtre jeune public, les marathoniens commencent à traîner les pieds. D’autant que le soleil se montre de plus en plus généreux et que les terrasses de la Grand-Place de Huy ne désemplissent pas. Mais pas question de craquer pour un deuxième Spritz, un troisième thé glacé ou une quatrième boule de glace. Le cinquième spectacle du jour, et le trentième de la semaine, nous attend dans une salle obscure. Adieu le beau ciel bleu. De l’école normale, il va falloir filer à l´athénée, traverser la fête foraine, ignorer les montagnes russes, snober les croustillons, poursuivre tête baissée pour arriver "just in time" à la représentation, s’asseoir sur un coin de banc et… découvrir un bijou, une "Guerre des buissons" menée tambour battant pas le Théâtre des 4 Mains.

Inspiré d’un roman de Joke Van Leeuwen

Des années que la compagnie de Beauvechain, spécialisée en marionnettes comme son nom le laisse supposer, nous réjouit avec des créations bien ficelées - allez, on ose - des histoires ultra-construites, des explorations toujours nouvelles. On se souvient comme si c’était hier de notre émotion à l’issue de "Bolu", de l’hilarant "Avaar" ou de l’initiatique "Poupette in Bruxelles".

Cette fois, le Théâtre des 4 Mains s’inspire à nouveau d’un roman de Joke Van Leeuwen, une des grandes auteures de littérature jeunesse, "Toen mijn vader een struik werd" ("Quand mon père est devenu un buisson").

Dans un français revisité, un médecin demande à la petite Toda comment elle se sent. La fillette ne comprend rien à ce langage alambiqué et le jeune enfant, de 7 ans ou plus, auquel s’adresse le spectacle, pressent qu’elle se trouve en terre inconnue. Comment est-elle arrivée là ? Retour sur son histoire, dans l’atelier de son père pâtissier connu pour faire les meilleures tartes aux amandes de la ville. Mais au loin, ou plutôt à l’étage dans ce décor tout en camouflage, le bruit des bottes se fait entendre. Le père doit partir à la guerre. Et se déguiser en buisson. Pour être à l’abri, Toda ira se réfugier chez sa grand-mère, puis traversera la frontière au bout d’une route chaotique et surtout à bord du camion d’un passeur peu scrupuleux.

Parcours de vie

Cette histoire linéaire de guerre racontée à hauteur d’enfance et à travers le prisme du ressenti de la petite Toda se suit de bout en bout et parcourt des scènes de vie, à l’orphelinat ou dans un home de vieux, aussi suggestives que bien rendues. De tailles différentes, évoluant dans ce décor amovible et multiple, les marionnettes expressives manipulées avec dextérité par Anaïs Pétry, Marie-Odile Dupuis et Simon Wauteurs, évoluent naturellement sous nos yeux et cette première mise en scène de Jérôme Poncin s’inscrit parfaitement dans la mission du théâtre jeune public. Une belle réponse à notre question initiale.