Scènes Festival Avec son nouvel intendant Markus Hinterhäuser, le Festival de Salzbourg s’ouvre sur une "Clemenza di Tito" mêlant politique et spiritualité. Egalement à l’affiche, une "Lady Macbeth de Mtsensk" brillante et bruyante.

Emblématique d’une ère nouvelle, "La Clemenza di Tito" qui a ouvert le Festival de Salzbourg est de ces rares spectacles qui marquent parce qu’ils bouleversent profondément, bien plus que ne le fait d’habitude une représentation d’opéra.

Au départ pourtant, en lisant les intentions du metteur en scène Peter Sellars et en découvrant qu’il a réécrit l’histoire mais aussi les surtitres (qui ne sont plus, de ce fait, la stricte traduction du livret), on craint la relecture politique un peu dogmatique.

Cliché transcendé

Sellars fait de l’Empereur romain qui pardonne à tous les conjurés un chef d’Etat d’aujourd’hui, confronté à un afflux de réfugiés (longue course désordonnée sur toute la largeur de l’immense scène de choristes et figurants désemparés et inoffensifs qu’on finit par parquer derrière des barrières, mis en joue par des soldats), qui en choisit deux au hasard pour les associer à l’exercice de son pouvoir, qui est véritablement victime de l’attentat ourdi contre lui et qui, sur son lit de soins intensifs, accorde sa clémence avant de mourir. On aura même droit à la ceinture d’explosifs.

Cliché éculé de la mise en scène lyrique contemporaine ? Oui, sauf que Sellars transcende ce réalisme forcené par des décors intemporels et abstraits - les grandes alvéoles du Manège des Rochers superbement éclairées, contrastant avec des sculptures de pierre et de verre de Georges Tsypin qui surgissent du sol puis y disparaissent - et y ajoute deux degrés de lecture supplémentaires.

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