Scènes

"Si vous avez es petits soucis émotionnels, n'hésitez pas à prendre du recul... Si votre voisin a des pulsions, retenez-le... Et ne vous inquiétez pas, nous non plus n'allons pas envahir votre espace..."

On l'attendait depuis quelques jours aux Rencontres de Huy, ce coup de cœur, cette vibration pour un spectacle pour tout-petits. La voici, grâce à la Guimbarde, pionnière du genre, il est vrai. Et surtout, les voici, eux. Lumineux, côte à côte, tout habillés de jaune et blanc comme leur décor couleur soleil. Sara Olmo, danseuse et le Pierre Vatour, circassien, saluent le public d'un "buenas noches" engageant. Il leur suffit d'être là pour convaincre, tant leur présence, leur maintien, leur attitude, leur langage corporel respire la grâce et la légèreté. Leur complicité existe déjà.

Ils se jaugent avant le traditionnel rituel du jeu de cache-cache, comme le titre du spectacle pour tout-petits de plus en plus enlevé et chorégraphié. Les artistes esquissent leurs premiers pas, se transforment en géants, reviennent au sol, se mettent à compter, "un dos tres" pendant que l'autre cherche sur ce plateau où ne vivent qu'une table et quelques coussins, un endroit où se cacher. Pour mieux se retrouver ensuite. Le jeu s'amplifie, se libère et mine de s'improviser dans un cadre qui, lui, reste précis. Elle sourit, boude, se met presque à grogner, sourit à nouveau. En coin. Puis devient corbeau. Lui, oiseau. Ils roulent leur édredon en longs serpents avant une bagarre inoffensive. Chacun pousse l'exploration plus loin. Et livre l'envie de partager ce lâcher-prise pour mieux explorer les ressources de son propre corps.

Un "Cache-Cache" ludique, gracieux, tendre et jouissif mis en scène par le grand chorégraphe japonais Yutaka Takei, qui a notamment beaucoup travaillé avec la chorégraphe américaine Carolyn Carlson.

Très bien reçu aux Rencontres théâtre jeune public à Huy, présenté précédemment à l'important festival de la Baracca, à Bologne, "Cache-Cache" a déjà un agenda très chargé avec une tournée prévue en Angleterre, en Suisse, en Italie, à Varsovie et même à Shangai. De belles perspectives donc pour un projet qui a vu le jour dans le cadre de "Small Size", ce réseau européen visant à développer le théâtre pour tout-petits, un art nourri d'inventivité qui a désormais acquis ses lettres de noblesse.

Nous y voici à nouveau dans ce théâtre pour tout-petits qui illumine la sixième - sixième déjà ! - journée des Rencontres jeune public. Les questions fusent durant la "Création d'un univers" par la compagnie des Mutants. Une création collective et une chorégraphie de Dirk Opstaele qui démarre en joie, jazz, et pas de Lindy Hop partagés sur "Don't Go Away Melody" du Boilermakerjazzband.

Puis elle, pétillante Fanny Hanciaux, compte jusqu'à douze, lentement, pour que lui, Marc Weiss, aie le temps de se changer.

La lune se couche, le soleil se lève. Les comédiens s'habillent. Une chemise blanche, un pantalon à pinces, une élégance de mise... Encore un pas de danse avant la succession de tableaux dans tous les sens du terme. De grands paravents noirs et mobiles glissent sur le plateau, puis se parent de jaune, de vert ou de rouge évoquant immédiatement l'univers de Mondrian. Peu à peu apparaissent la pomme de Magritte, les tournesols de Van Gogh,les œufs de Dali... Un véritable cabinet d'objets qui ensuite trouvent place dans leur tableau, un quizz pictural pour adultes, une initiation à l'art moderne pour les tout-petits et surtout une invitation à aimer le beau dès le plus jeune âge. De tous temps, l'homme a voulu sacraliser le quotidien. Tout comme les Mutants avec leur "Création du monde" novatrice.