Une robe ou l’amnistie

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

Scènes

A l’origine de la pièce, il y a une commande (divers auteurs invités à écrire une pièce courte basée sur un photoreportage réalisé par Tim Georgeson dans un camp de réfugiés à la frontière entre Arménie et Azerbaïdjan). Et une photo en particulier : le mariage d’Arif et Gulnara, dans une robe dont la blancheur contraste avec l’extrême pauvreté ambiante. Isabelle Hubert, Québécoise dont l’écriture est méconnue sous nos cieux, en tirera une fable contée par un narrateur, trente ans après.

Le spectacle qu’en a tiré Geneviève Damas - créé cet été à Spa par l’ASBL Toc Toc Art, et à présent programmé aux Riches-Claires - révèle la sensibilité et l’émotion de situations à la fois décrites avec talent et incarnées avec allant.

Cinq acteurs et une garde-robe imposante, voilà tout ce que porte le plateau (Christine Flasschoen signe la scénographie, Chandra Vellut les costumes), hormis de petites silhouettes de carton : les habitants de cet endroit, qu’on nous dit fait de wagons désaffectés organisés en "rues". Les descriptions seules, efficaces, plantent le décor et bientôt les personnages. Cependant c’est avant tout un peuple, une communauté dont on découvre l’existence.

La force de "La Robe de Gulnara" est là, dans le collectif. Dont peu à peu se détachent des destins : Gulnara et son fiancé, sa jeune sœur Mika (par qui le scandale arrive : une impossible tache sur la robe payée avec les économies d’une vie et qu’elle s’engage à faire partir), leurs parents désolés, un gamin turbulent et sa mère, une très vieille dame, un marchand sans scrupule, une tisserande opiomane, les voisins et leurs ragots

A travers ces figures - que campent avec justesse Laurence Briand, Saïd Jaafari, Maya Boelpaepe, Anne Sylvain, Gérald Wauthia - s’esquissent aussi, au fil de très brefs chapitres, l’innocence, la colère, la perte, la fuite, la ténacité, le rêve, la spiritualité, la mortalité, l’abandon. Tout cela résonne dans la plus vaste thématique des populations déplacées. Dans une forme que la gravité du propos, sa pertinence, ses enjeux, n’empêchent pas d’être ludique, physique.

Bruxelles, les Riches-Claires, jusqu’au 29 septembre à 20h30 (mercredi à 19h). Durée : 1h20 env. De 7,5 à 14 €. Infos & rés.: 02.548.25.80, www.lesrichesclaires.be

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