Scènes

En prise avec le monde qui l'entoure, le théâtre jeune public ne pouvait passer à côté des migrations, cette réalité de plus en plus préoccupante, et dès lors très présente sous diverses formes artistiques.

Si la compagnie Dérivation a choisi de raconter en opéra punk et en dérision savamment orchestrée, l'Odyssée du plus célèbre des migrants, ce cher Ulysse, Valérie Joyeux conte, elle, ses "Deux valises pour le Canada" ou l'histoire réelle que lui a confiée une famille hongroise obligée de partir subitement, sans se retourner, de marcher dans la neige, dormir dans ses valises vides, trembler à la frontière et bénéficier, malgré tout d'un peu de chance, ce coup de pouce d'un gardien qui a changé le cours de son existence.

Le Canada, la famille en rêvera longtemps mais n'y arrivera jamais. Le voyage s'arrête en Belgique, cette terre d'accueil où tous ont pu s'installer.

Avec sa démarche hésitante, son vieux manteau sur sa chemise de nuit, ses cheveux grisonnants, et ce fauteuil râpé dans lequel elle va s'installer, Valérie Joyeux incarne avec maturité, ce rôle d'une dame en fin de vie, en prise avec le passé.

Un beau témoignage qui, dans une mise en scène très traditionnelle de Lara Hubinont, parle autrement de l'exil.