Vénéneuse et fragile "Mademoiselle Julie", aux Martyrs

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

Scènes

Berdine Nusselder au centre d’un trio classique et ombrageux. Une production du Théâtre de Carouge, à Genève, accueillie à Bruxelles. Critique.

Il aura fallu presque vingt ans pour qu’un directeur de théâtre, en Suède, se décide à monter la pièce en un acte écrite par August Strindberg en 1888. Depuis, "Mademoiselle Julie" n’en finit pas d’occuper écrans et plateaux, s’imposant comme un classique vénéneux, jamais aussi simple que ne pourrait suggérer l’argument.

A la veille de la Saint-Jean, Julie profite de l’absence du comte, son père, pour festoyer avec les domestiques. Lorsque la demoiselle invite à danser Jean, valet du comte, celui-ci commence par refuser, par souci de la réputation de Julie. Or c’est sa fiancée Christine, la cuisinière de la maison, qui le presse d’obéir. Après le retour dans la cuisine de Julie et Jean, Christine s’endort. Et la demoiselle aiguise ses avances envers le valet. La nuit entamée sera celle d’un affrontement sensuel mais surtout cruel, au creux duquel bouillonne la lutte des classes.

La cuisinière Christine (Caroline Cons) et son fiancé Jean (Roland Vouilloz) dans la cuisine.
© Mario del Curto

Est-ce la folie, comme on le dit dans la maison, qui guide Mademoiselle Julie ? Quelle ardeur, quelle douleur la précipite dans les bras de Jean ? Quelle partition suit-elle dans cette demeure isolée, dans sa vie ordinaire, en cette nuit étrange ?

Écorchée vive

Centrale, Berdine Nusselder l’est ici non seulement par le rôle-titre, mais parce que le spectacle lui-même est né de la rencontre du metteur en scène suisse Gian Manuel Rau avec la comédienne hollandaise formée notamment à l’Insas. Aux côtés de la bonhomie ambiguë de Roland Vouilloz (Jean), face à la troublante réserve de Caroline Cons (Christine), la Julie de Berdine Nusselder est fougueuse, vulnérable, capricieuse, agaçante, touchante, écorchée. Oiseau blessé.

Berdine Nusselder tient le rôle-titre dans la mise en scène de Gian Manuel Rau.
© Mario del Curto

La scénographie d’Anne Hölck - cette cuisine comme une matrice - à la fois ancre et stylise l’intrigue, que le metteur en scène assujettit au rêve de Christine plus qu’au jugement moral de cette petite société.

Un classique, disions-nous, sous-tendu de sortilèges.

Marie Baudet

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