Scènes

30 juin 1861, 8h30 du matin. De sa chambre de l'hôtel des Trois Colonnes, Victor Hugo signe le manuscrit des `Misérables´, après un dernier regard au lion de Waterloo, qu'il exècre. Depuis près de deux mois, il réside dans cette auberge de Mont-Saint-Jean, face à la célèbre butte, d'où il arpente le champ de bataille afin de se documenter in situ sur le choc de 1815.

Pareil séjour, et la place qu'occupe Waterloo dans l'oeuvre hugolienne, méritaient que l'on s'y intéresse de plus près. C'est ce qu'a fait Jean Lacroix, qui avait jadis consacré un volumineux ouvrage à tout ce que les grands de la littérature avaient pu écrire sur la localité. Fortement documenté sur la vie de l'époque et ayant collectionné les témoignages du passage de Hugo à Waterloo, l'auteur a rassemblé l'ensemble dans une oeuvre théâtrale originale: `L'Hôtel de Monsieur Victor´, montée pour l'instant au théâtre de La Valette (Ittre).

Foin de grandiloquence et d'envolées lyriques claironnées en arpentant la `Morne plaine´, Jean Lacroix a choisi de mettre l'accent sur les éléments moins connus du séjour de l'écrivain. Au travers de scènes du quotidien de Hugo à Mont-Saint-Jean, il conduit le spectateur à une découverte ordinaire d'un personnage dont on fit un mythe.

De l'aveu même de l'auteur, tout, ou presque, porte ici le sceau de l'authenticité. Les références historiques et littéraires, évidemment, mais aussi les détails de la vie: la composition du menu favori de Victor Hugo à l'hôtel des Trois Colonnes. L'inférence du lourd climat local sur son caractère. Ses relations parfois tendues avec Juliette Drouet, sa maîtresse et fidèle copiste. Ou le climat de fête britannique qui flottait sur les alentours du lion à chaque anniversaire du 18 juin. Tout au plus émettra-t-on quelques doutes (justifiés) sur les qualités attribuées ici au patron de l'hôtel, qui occupe dans la pièce une place hors pair alors que l'histoire officielle n'en a rien retenu...

Ecrite dans le cadre de l'année Hugo organisée à Waterloo, la pièce est mise en scène par Léonil McCormick, qui s'est lancé pour la première fois de sa carrière dans un travail avec quatre comédiens amateurs ne manquant pour la plupart ni de panache ni de planches. La gageure de la Valette est de proposer cette pièce à 18 reprises jusqu'au 18 août, en dehors de sa programmation de saison habituelle. Pour Hugo, pour Waterloo et pour le théâtre, on ne peut qu'espérer voir ce pari gagné.

Avec Richard Hallez, Dominique Peeren, Jean-Pierre Defraigne et Cédric Lombard, Jusqu'au 18 août. Du jeudi au samedi à 20h15, le dimanche à 18h. Rue Basse à Ittre. Tél. 067.64.81.11. La pièce sera aussi jouée à Waterloo le 5 octobre.

© La Libre Belgique 2002