Scènes

La ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Alda Greoli (CDH), a rendu publiques jeudi ses décisions fort attendues sur les 295 demandes de contrats-programmes 2018-2022 dans les arts de la scène.

Pour la ministre Alda Greoli, comme pour le secteur culturel, c’était « le » dossier de la législature. Le plus important mais aussi le plus difficile. Elle l’a achevé non sans courage, et avec une grande détermination. Il s’agissait de redessiner tout le paysage culturel, soit un tiers du budget global de la Culture (près de cent millions d’euros), pour le théâtre, la danse, le jeune public, le cirque, les musiques en donnant aux subsides publics toute la clarté et la stabilité nécessaires.

On y retrouve autant des artistes, des compagnies ou des orchestres, que des lieux de diffusion de spectacles, des festivals ou encore des structures de services. Les décisions valent pour les cinq ans à venir (2018-2022), avec des règles claires, objectives, mettant « l’artiste au milieu ».

Des milliers de personnes sont concernées et attendaient ce moment depuis des mois voire des années, vivant souvent dans des institutions ou compagnies subsidiées sur base de simples avenants à leurs contrats-programme.

Un ultime obstacle s’était présenté mardi (lire nos articles précédents) mais Alda Greoli a poursuivi dans sa voie et a donné ce jeudi tous les chiffres des prochains contrats-programme et envoyé les courriers à tous les demandeurs de subsides. La pression était devenue très forte. Les différentes fédérations patronales des arts de la scène, des compagnies, etc., avaient publié mercredi des communiqués exhortant la ministre et le gouvernement à ne pas tergiverser et entamer de nouveaux marchandages.


59 refus

Comme prévu il y a des heureux dont les budgets sont en nette hausse et 42 nouveaux entrants bénéficiant d’un premier contrat-programme mais il y a aussi des déçus, des budgets loin des demandes ou en baisse, voire des institutions ou compagnies qui ne recevront bientôt plus rien. Des recours de leur part restent possibles.

Au total, sur les 295 demandes de contrats-programme (prolongés ou nouveaux), Alda Greoli en octroie 236 dont 42 bénéficiant pour la première fois d’une aide structurelle. 59 demandes ont été soit renvoyées vers un autre type de subventionnement, soit en phasing-out d’un an (vers l’extinction, 13 sont dans ce cas), soit rejetées.

Alda Greoli a rappelé jeudi l’historique de ses décisions mais sans rendre public les rapports des commissions d’avis.


Stabilité

Elle a donné les chiffres globaux: « Le Gouvernement de la Fédération a revalorisé de 10 millions d’euros l’enveloppe dédiée aux contrats-programme des Arts de la scène (qui passe de 83 à 93 millions, soit 12%), une progression attendue depuis plus de dix ans par les acteurs. Ce rattrapage, combiné avec l’indexation des contrats-programme, désormais inscrite dans le décret des Arts de la scène, offre enfin aux Arts de la scène la stabilité requise pour assurer des perspectives stables qui vont soutenir les conditions nécessaires à la création. »

Et puis elle a donné le tableau avec tous les chiffres (voir ci-contre et sur le site www.lalibre.be pour avoir l’intégralité).

Il y a donc aussi des entrants qui bénéficient d’un premier contrat-programme et de très nombreux autres qui bénéficient d’une hausse mais souvent moindre que celle réclamée après des années de non indexation. Les détails et noms des demandes qui ont été réorientées ou refusées n’ont par contre, pas été divulguées.

Tous ces chiffres donneront lieu à de nombreux commentaires.

Alda Greoli a expliqué que les différentes commissions d’avis avaient proposé, au total, des subsides de 115 millions (par rapport à une demande portant sur 130 millions au départ). Il s’est agi ensuite pour son cabinet de ramener ce montant aux 93 millions disponibles.


Les critères

Les critères qu’elle et son cabinet ont choisi étaient de tenir compte pour chaque demande des pourcentages affectés à la création artistique, à l’emploi artistique et au pourcentage de recettes propres. Au plus ces pourcentages sont importants, au mieux les demandes étaient considérées.

Si l’avis des commissions était favorable, un contrat-programme était quasi automatiquement acquis (sauf pour les centres culturels déjà subventionnés dans un autre cadre budgétaire). Quand les avis étaient « réservés », le cabinet d’Alda Greoli a étudié les demandes en fonction des critères expliqués ci-dessus. Et si l’avis des commissions était négatif (c’était le cas de 55 demandes) le cabinet réétudiait quand même les dossiers et 8 d’entre eux ont donné lieu quand même à contrats-programme.

On ne connaît pas la liste des « refusés » ou « réorientés » ou en « phasing out ».Par rapport à ce que Joëlle Milquet avait annoncé en 2015, le festival de Spa alors menacé est cette fois fortement augmenté, le théâtre de La Valette à Ittre sera en « phasing out » sur un an. On notera par exemple que le Groupov comme le théâtre de Toone n’avaient plus demandé cette fois de contrat-programme, le premier demandant un aide pluriannuelle différente et le second émargeant dorénavant au Patrimoine.


Forte hausse du secteur jeune public

Pour compenser l'effet des non-indexations successives, il fallait sans doute une hausse de 10 pc, voire 15 %, a-t-on dit. Impossible, mais la hausse globale du budget de 12 % permet à certains théâtre (National, Liège, Public, Namur, etc.) des fortes hausses mais pas Charleroi Danses, le Varia, Océan Nord (seulement statu quo). La Balsamine est même en forte baisse.

Un très gros effort est fait vers le théâtre jeune public et le conte avec des subsides nouveaux pour La Montagne magique et la maison du conte par exemple, et une forte hausse pour la Guimbarde

Des compagnies accèdent aux contrats-programme comme le Raoul collectif et le Pop-up. Le théâtre de l’Ancre à Charleroi n'a pu intégrer que deux tiers de la hausse annoncée début 2017

Notons enfin, le poids important de l'ORW et de l'Orchestre Philharmonique (24,5 millions à eux deux).


Rétroactes

C’est donc l’aboutissement d’un très long dossier. Rappelons que tous les opérateurs en arts de la scène en Communauté française (théâtre, théâtre jeune public, théâtre action, danse, musique classique, non classique et contemporaine, conte, arts forains) désireux d’obtenir un contrat-programme pour la période 2018-2022 avaient dû remettre avant le 17 janvier de cette année, un dossier de demande très détaillé. Au total, il y eut 295 dossiers rentrés ! Un chiffre très impressionnant.

Si beaucoup étaient déjà subsidiés par contrat-programmes ou conventions (catégorie désormais supprimée), un quart des demandes (78) provenaient d’opérateurs (compagnies, individus, lieux) qui ne disposaient jusqu’ici ni de contrats-programmes ni de conventions mais parfois de simples aides ponctuelles.

Les montants demandés excédaient de 50 % l’enveloppe générale pour les contrats-programmes en arts de la scène qui est de 83 millions en 2017. Certes, la ministre a pu obtenir dix millions de plus, bienvenus (une hausse énorme dans le contexte actuel), mais les choix furent très douloureux car le « gap » entre le budget disponible (93 millions ) et les demandes (130 millions), restait fort élevé.

La ventilation des dossiers introduits est intéressante avec le théâtre adulte en tête avec 83 dossiers soumis, suivi des musiques non classiques (56 dossiers) et du théâtre jeune public (32). Près de 50 % des dossiers (143 dossiers) ont été introduits par des « structures de création » (les compagnies). Seuls 24 dossiers concernent les « lieux de création » et 16 dossiers les « centres scéniques » (les institutions phare, centres dramatiques et chorégraphique) mais ces derniers avec les plus grosses demandes.


Ultime blocage

Pour le 30 juin, les différentes commissions d’avis ont dû rendre leurs rapports. Plusieurs commissions ont demandé un délai supplémentaire. Le dernier avis n’a été envoyé qu’à la mi-septembre.

Un ultime obstacle s’est présenté mardi quand l’Inspection des Finances a demandé que le dossier passe en gouvernement et ne soit pas décidé par la seule ministre. Alda Greoli a répondu qu’elle tiendrait compte de cet avis sur les deux points soulignés par l’IF (avances du fonds écureuil et liquidation des subsides supérieurs à 250000 euros) et présenter ces points au prochain gouvernement la semaine prochaine mais qu’elle déciderait seule de l’octroi général des contrats-programme, ce qu’elle a annoncé ce jeudi, précisant qu’elle a informé ses collègues de tous les chiffres et qu’il n’y a eu « aucune demande de changement de quoi que ce soit».

Les lettres ont été envoyées jeudi aux demandeurs et les contrats-programmes précis seront rédigés dans les prochaines semaines.


Juillet 2015

La démarche qui aboutit maintenant trouvait son origine dans une "note d’orientation pour une politique théâtrale renouvelée" de 30 pages soumise en juillet 2015 par Joëlle Milquet, alors ministre de la Culture, avec l’ambition "de remettre l’artiste au centre, de réduire les coûts administratifs au profit de l’artistique, d’augmenter l’aide aux projets".

Elle voulait déjà tout remettre à plat et décider au même moment de toutes les aides comme cela se fait en Flandre, et non plus au cas par cas, comme auparavant.

Rappelons que trois types de subsides existent.

D’abord, les "bourses", la plus petite aide, visant des projets ponctuels. Ensuite les "aides aux projets" (remplaçant à la fois l’ancienne aide aux projets et les conventions, désormais supprimées, au grand dam de certains). Ces aides pourront être octroyées sur un, deux ou trois ans maximum, et les demandeurs doivent remplir un formulaire en sept points.

Enfin, il y aura les contrats-programmes dont il est question aujourd’hui et dont la durée passe de quatre à cinq ans (les premiers iront de 2018 à 2022). Il faut, là, remplir un formulaire très complet d’une vingtaine de points avec les objectifs, les politiques d’accompagnement et de promotion, les types d’activités, les technologies numériques, les publics visés, la politique tarifaire, le volume d’audience pressenti, les budgets prévisionnels explicités par types de dépenses (infrastructures, activités artistiques, fonctionnement), le volume d’emploi, les éventuelles mutualisations ou rapprochements avec d’autres opérateurs, les règles de bonne gouvernance appliquées.

Il est prévu maintenant de changer les commissions d’avis mais, faute de temps, ce point a été remis à 2018.