Scènes

Lundi soir, au Théâtre royal du Parc, Jasmina Douieb a reçu le Prix Jacques Huisman 2008, décerné par un jury que présidait Georges Lini. À la clef : un stage de 8 semaines, au printemps 2009, à Chambéry, et une bourse de 2 500 euros.

Le maître de stage n'est autre que Wajdi Mouawad, dont elle a joué "Incendies" mis en scène par Georges Lini (Prix de la critique du meilleur spectacle 2006-2007), et dont elle monte "Littoral", qui sera à l'affiche du Zut du 1er au 31 mai. Actrice et metteur en scène, donc. Mais aussi, entre autres, coordinatrice artistique de "Wagenya", l'un des pôles de la Zinneke Parade 2008.

C'est évidemment sans connaître les finalistes, ni même les candidats, que le Libano-Québécois, lui-même tenant plusieurs rôles dans la création, a accepté d'être le "lot" ("exactement", rit-il au bout du fil, dans un hôtel d'Ottawa où il joue actuellement) du Prix, créé en hommage au fondateur et directeur du Théâtre national pendant quarante ans. "J'ai dit oui à cause du nom d'Huisman. Je l'ai rencontré une fois, il m'a énormément marqué."

Ayant entrepris des études au Conservatoire de Bruxelles après une licence en philologie romane et littérature espagnole, la lauréate, 34 ans, aime qu'au théâtre "l'oeuvre continue de cheminer en chacun des spectateurs". Jasmina Douieb, grâce à son prix, travaillera sur "Ciels", la prochaine création de Wajdi Mouawad, qui verra le jour la saison prochaine à l'Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry (dont il est artiste associé).

"Ciels" n'existe pas encore sur le papier. L'auteur et metteur en scène commence, autour d'une histoire déjà relativement précise, par rassembler les acteurs et concepteurs du spectacle. "Je me mets à écrire un peu plus tard, quand on a fait le tour du récit en le décortiquant par la parole". Le spectacle, pour lui, "est la résultante d'une convergence de plusieurs écritures : le texte, mais aussi la lumière, la scénographie, le son, la musique, les costumes... C'est une polyphonie."

D'où l'énorme importance, à ses yeux, du travail d'équipe. Celle-ci, constituée au fil du temps depuis une douzaine d'années, est aujourd'hui au complet, sourit-il. "Dans le processus de création, tout le monde parle de tout. On regarde l'ensemble. Ensuite chacun travaille dans son corps de métier." Ainsi, c'est encore vers l'équipe que va son coeur quand on lui demande ce qu'en maître de stage il pense apporter à Jasmina Douieb : "L'art du groupe - on ne fait rien tout seul -, l'écoute, la circulation de la parole."

Jadis, Wajdi Mouawad a entre autres monté Edna Mazya ou Shakespeare, Sophocle, Euripide, Irvine Welsh et Enda Walsh, Wedekind, Pirandello, Tchekhov. Il travaille bien sûr ses propres textes, encore pour les trois prochaines années, dit-il. "Ensuite j'irai vers autre chose, peut-être la tragédie grecque..."

Tout cela entre le Québec et la France - il a de part et d'autre une compagnie. "Plus la France en ce moment : une envie de retourner vers la Méditerranée, vers le Liban, vers une culture que je comprends mieux. Et où il fait plus chaud..."