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En suspension

Dans la troisième dimension

Magali Mouthuy

Mis en ligne le 14/08/2010

Cette semaine nous survolons le Brabant, en hélicoptère. Un des appareils volants les plus complexes à piloter, et qui procure, au bout du compte, des sensations un peu similaires à celles des montagnes russes.

"C'est le Robinson 44, Là-bas." Jacques, le pilote, nous conduit au fond d’un énorme hangar à ULM jusqu’à un hélicoptère rouge flamboyant. "On va le sortir ensemble, doucement." Après quelques manœuvres, l’appareil se trouve à l’extérieur, sur le bitume de l’aérodrome de Baisy-Thy. Prêt à décoller pour un tour du Brabant. Nous sommes à une trentaine de minutes de Bruxelles.

"Bienvenue à bord." Installé à l’avant droit, le pilote invite les trois autres passagers à se coiffer d’un casque "pour se parler sans être assourdi par le bruit du moteur." Lorsque le rotor se met à tourner, il fend en effet l’air très bruyamment. Pensionné de l’armée, Jacques propose aujourd’hui des vols découverte. "Le Robinson 44 est un des hélicoptères les plus construits et les plus utilisés dans le monde, pour sa facilité d’entretien et son prix relativement démocratique. Il possède un moteur à pistons de six cylindres de type Boxster, identique à celui des Porsche : sa puissance est de 205 chevaux."

Durant le temps de chauffe du moteur, le pilote procède à une série de contrôles. Son œil attentif parcourt le tableau de bord. Circuit électrique des bougies, ok, réglage de l’altimètre en fonction de la pression atmosphérique. radio, GPS, transpondeur. : ce dernier permet aux radars des espaces aériens belges de détecter l’hélico et d’informer le pilote de la présence d’autres aéronefs sur sa route. "Il y a un ULM qui circule, il prend le petit circuit", prévient la radio de Charleroi.

"Le vent souffle bien aujourd’hui donc ça peut un peu trembler", avertit le pilote. Il est 19h00. L’hélicoptère décolle. Dans un grand déplacement d’air, il s’élève verticalement, comme un ascenseur. "C’est la plus belle sensation de la troisième dimension", raconte Benoît, le responsable des vols, pilote à ses heures préférées. "C’est une machine très complexe et, ce qui est agréable, c’est cette difficulté à la piloter. Les mouvements doivent être bien coordonnés. Quand on manipule une commande, il faut aussi actionner les autres." Le pilote s’en sert de trois : le stick, le pas général et les palonniers. "À un moment, ça devient naturel."

"Nous sommes à 1100 pieds, et la machine avance à 95-100 nœuds". Des unités de mesures bien connues du secteur aérien. Elles correspondent respectivement à une altitude de 370 mètres et une vitesse de +/- 180 km/h. Les hélicoptères peuvent se hisser jusqu’à altitude d’environ 15 000 pieds, soit près de 5 km.

"On part vers Villers-la-Ville. À droite c’est Marbais, Charleroi..." De temps en temps, l’engin suspend son déplacement et se maintient en surplace. Notre vol ressemble étrangement à celui d’un insecte."C’est un des seuls appareils qui n’est pas obligé de se déplacer horizontalement pour tenir dans les airs." L’hélicoptère offre d’ailleurs une vision unique des sites touristiques connus. Derrière la vitre, on distingue très clairement les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville, puis, c’est au tour du plan incliné de Ronquières. "On peut voler pratiquement partout, avec autorisation évidemment, mais on ne peut pas survoler les villes, pour des raisons de sécurité car l’hélicoptère ne dispose que d’un seul moteur." La Nationale 25 Nivelles-Ottignies, la forêt de Soignes, Lasnes, Rixensart, La Hulpe, le village de Plancenoît.

Au sol se lit notre progression : l’ombre d’une libellule géante glisse sur les champs. L’appareil atteint Waterloo, tournoie autour de la butte du Lion, passe Sint-Peeters-Leeuw, Drogenbos. Enfin, il survole un grand terrain non cultivé : notre piste d’atterrissage. Il penche d’un côté, de l’autre, et se pose en douceur, guidé par un homme, debout dans l’herbe et bras écartés. Les passagers patientent dans l’appareil le temps que soit éteint le moteur.

Déjà le pied touche la terre ferme, avec cette impression de ne l’avoir quittée que cinq minutes auparavant. "Ça va très vite. En une vingtaine de minutes, vous avez vu une bonne partie du Brabant . Mais le but est aussi d’explorer la troisième dimension", résume l’organisateur de ces tours découvertes. Un espace dont l’exploration procure en tout cas des sensations encore plus marquantes que celles des montagnes russes : nous traversons des paysages bien réels.

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