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La culture à Bxl : "Un gisement à exploiter !"
Guy Duplat
Mis en ligne le 30/11/2011
Les grandes conférences catholiques ont réuni mardi soir, sur un même plateau, les trois directeurs des plus grandes institutions culturelles à Bruxelles : Paul Dujardin (Bozar), Peter De Caluwe (La Monnaie) et Michel Draguet (musée des Beaux-Arts). Il n’y eut ni révélation, ni frictions, mais quelques idées fortes amenées par les questions de Jacques de Decker, le secrétaire perpétuel de l’Académie.
Au centre du débat, l’avenir de la culture à Bruxelles. Le trio a souligné que 60 % du patrimoine culturel du pays est encore au fédéral alors que beaucoup pensent à tort que tout a été communautarisé depuis 30 ans. Malgré ce patrimoine immense, l’Etat (fédéral ou fédéré) a un peu oublié ses trésors nationaux. Michel Draguet a raconté qu’en plongeant au cœur du musée du Cinquantenaire, qu’il dirige ad interim, il a parfois découvert "des ruines et des collections que personne n’avait plus vues depuis 1930" et il a évoqué les "méandres kafkaïens, les strates mésopotamiennes" de la décision politique. Peter De Caluwe a rappelé comment, en 20O8, on lui avait imposé des économies immédiates alors qu’une saison d’opéra se décide plusieurs années à l’avance (il prépare celle de 2015-2016 !). Mais le trio n’a pas voulu s’appesantir sur les difficultés qu’il y a à gérer, préférant porter le regard sur l’avenir.
Ils ont tous plaidé pour qu’il y ait une vision d’avenir, des choix, un investissement dans la culture, "un plan Marshall". Peter De Caluwe, dont la maison (la Monnaie) a été élue meilleure maison d’Opéra en Europe, a plaidé pour qu’il y ait une vraie vision à long terme en culture. Michel Draguet, dont le musée Magritte connaît un grand succès, n’a pas dit autre chose en citant en exemple Vienne où tout est fait pour vanter les richesses culturelles, et cela dès l’aéroport et le métro alors qu’en Belgique il doit payer "comme une marque de parfum" s’il veut annoncer ses expos à Zaventem.
L’immense patrimoine culturel bruxellois est trop méconnu. Etre la capitale de l’Europe est un formidable atout trop peu exploité même si les artistes adorent venir à Bruxelles. Michel Draguet s’est défendu de faire du "commercial", expliquant qu’il n’était pas "indécent" de s’intéresser aussi aux aspects économiques d’un projet culturel, voire aux aspects touristiques, pour peu que ça n’empiète pas sur les aspects culturels et scientifiques.
Le trio a de grands projets. Paul Dujardin a rappelé qu’avec la Monnaie, Bozar a sollicité un emprunt de 130 millions d’euros auprès de la BEI (Banque européenne d’investissement) que le prochain gouvernement devra (ou non) cautionner (il faudra un jour rembourser !). On connaît le projet de Michel Draguet (il ne l’a pas évoqué mardi) de construire dans le parc du Cinquantenaire un nouveau musée d’Art moderne (60 millions d’euros. Et Peter De Caluwe a des projets d’agrandissement de la Monnaie.
Ils en ont appelé alors à une prise de conscience que la culture (la création, l’audace, l’innovation) peut être un outil de développement important, aussi pour l’économie et l’emploi. A côté de la recherche scientifique, le patrimoine et la culture peuvent être un vrai gisement pour notre avenir.
Un message adressé à tous, y compris les artistes et les intellectuels qu’ils voudraient voir plus décidés à promouvoir la culture à Bruxelles. Et singulièrement adressé à leurs futurs ministres de tutelle : Elio Di Rupo pour Bozar et la Monnaie et le futur ministre de la Politique scientifique pour le musée des Beaux-Arts.
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