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L’étrange cas Jekyll
Camille de Marcilly
Mis en ligne le 15/01/2012
La figure de Docteur Jekyll et Mister Hyde est devenue un archétype de la littérature. Symboles de la lutte entre le bien et le mal, la responsabilité et la tentation, la raison et le plaisir immédiat, l’ombre et la lumière, le vice et la vertu, l’envers et l’endroit ces personnages issus d’un rêve de Robert Louis Stevenson qui le transcrivit rapidement - auteur, notamment, de "L’Ile au trésor" - hantent encore l’imaginaire de tous. En pleine époque victorienne (1886), la parution de la nouvelle avait d’ailleurs choqué l’opinion publique. Si Jekyll et Hyde ont inspiré des adaptations cinématographiques, l’histoire a été peu portée au théâtre. C’est à la demande de Denis Podalydès que Christine Montalbetti a adapté la dernière partie de la nouvelle en un long monologue que le comédien a joué en 2010 et 2011 sous le titre "Le Cas Jekyll". Admirablement transposée à la scène, la partie finale de la nouvelle met en scène le docteur Jekyll qui tente d’expliquer à son ami Utterson comment Mister Hyde est apparu. Mais sous les yeux de son confident, la folie s’intensifie et le jeune médecin se transforme de plus en plus souvent en Hyde malgré lui. D’une écriture lyrique et précise, Christine Montalbetti signe une confession touchante et terrifiante. Le brave docteur Jekyll décrit d’abord comment il s’est intéressé à la dualité de la nature humaine et en souhaitant en analyser les différentes composantes, a testé sur lui-même ses potions jusqu’à se laisser envahir par son ombre, son autre lui-même monstrueux. " Ce sont des aventures propres à éveiller la terreur. J’ai décidé que du mystère de ma vie, tu connaîtrais la solution épouvantable." Perdant le contrôle, l’antidote faisant de moins en moins effet et se rappelant les frasques et parfois les crimes commis par Hyde la nuit, il évoque son inquiétude, son désespoir et sa culpabilité d’avoir cédé à cette tentation. " Chaque ignominie que je commettais, c’était contre toi, Jekyll, contre le petit sot que tu es, contre le benêt, contre le gendre idéal. J’envie ta beauté, mais je hais ta sottise. Je te déniaisais, Jekyll, à chacun de mes crimes ", dit Hyde.
Pour cette mise en scène d’Elvire Brison qui sert formidablement le texte et le personnage, la scénographie de Philippe Hekkers permet de plonger dans l’atmosphère lugubre d’un Londres hivernal noyé dans la brume. Les vidéos de Vincent Pinckaers accentuent la sensation de vertige identitaire de Jekyll/Hyde tandis que la lumière sobre et obscure et la présence d’un violoncelliste, Kasper Nowak, traduisent l’angoisse et le mystère. Mais c’est véritablement Emmanuel Dekoninck, seul en scène, qui porte le spectacle avec une intensité rare. D’une finesse et d’une justesse remarquables, il parvient à glisser lentement vers la folie, à laisser Hyde s’emparer de son corps, sans caricature, sans exagération, rendant le personnage encore plus troublant. " Est-ce que ce n’est pas ça, pour vous, l’insoutenable ? Non pas les crimes que j’ai commis, mais le fait qu’il ne s’agisse, au fond, que de vous-mêmes "
Savoir Plus
Bruxelles, Théâtre de la Place des Martyrs, jusqu’au 18 février. Durée : env. 1 h 15. De 9 à 16,50 €. Infos & rés. 02.223.32.08., www.theatredesmartyrs.be
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