Série TV

C’est l’histoire d’un homme que personne ne voulait croire coupable. L’histoire d’un "Dieu du stade" qui s’est retrouvé terrassé par une sordide affaire de violences conjugales et de meurtre - commis avec ou sans préméditation, la question ne fut jamais tranchée.

Au départ, pourtant, l’histoire d’Orenthal James Simpson et de Nicole Brown avait tout du conte de fée. Celui d’un jeune noir qui, grâce à ses qualités athlétiques et à son mental d’acier, avait gravi tous les échelons jusqu’à devenir l’idole de toute une nation et à épouser une reine de beauté. Au point de pouvoir affirmer le plus sérieusement du monde : "Je ne suis pas noir, je suis OJ", signifiant ainsi qu’il transcendait la ségrégation toujours latente au pays de l’Oncle Sam (dont le début de l’épisode 5 d’"American Crime Story"*** donne un aperçu amer). Le parcours d’OJ Simpson, en effet, était une "source d’inspiration" qui a permis à toute une partie de la population noire de s’identifier à sa réussite.

Son procès a dès lors ravivé les tensions raciales propres aux Etats-Unis. Elles se sont rejouées avec une acuité d’autant plus tenace qu’elles rappelaient à tous les récentes émeutes de Los Angeles et les démêlés récurrents de la population noire avec la police (LAPD). Le sort réservé à l’idole déchue a focalisé l’attention du grand public et a servi de catalyseur aux rancœurs, mais aussi de baromètre face aux dysfonctionnements du système judiciaire américain, à son racisme larvé et à sa profonde inégalité sociale.

Dans un contexte de brutalités policières, de corruption au sein du LAPD, l’arrestation d’une icône noire a échauffé l’opinion. Un procès-fleuve (270 jours) s’en suivit, retracé dans le livre de Jeffrey Toobin : "The Run of His Life : The People versus O. J. Simpson". La série imaginée par Ryan Murphy et Brad Falchuck s’en inspire librement à travers une reconstitution en dix épisodes, disponible sur Netflix France depuis le début du mois de juillet.

Alors qu’Arte diffuse un documentaire portant sur cette même affaire, il est intéressant de voir la transposition qui en a été faite en fiction, avec un casting de premier plan mettant en exergue une problématique qui n’a rien perdu de sa cruelle actualité… "L’affaire OJ Simpson" démonte les rouages d’une justice à deux vitesses permettant aux plus riches d’instrumentaliser les jurés à leur guise.