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L’université se passionne pour la série télé
Virginie Roussel
Mis en ligne le 31/12/2009
Agrégée et docteure en Histoire, Marjolaine Boutet, 30 ans, a grandi avec les séries télé, dont elle a enseigné l’analyse critique à ses élèves de Sciences-Po. Dans son dernier ouvrage, "Les séries télé pour les Nuls", paru chez First Editions, elle offre des réponses à celles et ceux qui ont toujours voulu tout savoir sur les séries, les feuilletons et les soap opéras sans savoir à qui s’adresser.
Comment a germé l’idée de traiter la série télé en tant qu’objet d’histoire ?
Je me suis souvent rendue aux Etats-Unis et j’avais l’impression que tous les Américains avaient fait la guerre du Vietnam en regardant les séries des années 90. Mais à l’école, j’ai appris que 8 % de la population y était allée. La différence entre la réalité de la société américaine telle qu’elle était montrée dans la série et l’histoire du pays m’a conduite à consacrer mon DEA à ce sujet.
Aujourd’hui encore, Hollywood demeure la reine du genre…
Et elle a connu deux âges d’or. Dans les années 50, celui de l’industrialisation de la production avec des produits standardisés, obéissant à des règles précises, ce qui n’empêche pas la qualité, l’inventivité, la créativité si vous songez à "La 4e dimension" ou à la série policière "Alfred Hitchcock Presents". Une productrice féministe, Lucille Ball, inventa même la sitcom avec "I love Lucy". Mais dans les années 80, l’arrivée du zappeur, du magnétoscope, du câble et de la concurrence a obligé les créateurs de programmes télé à trouver de nouvelles manières d’accrocher le spectateur moins captif. Et la série connut son deuxième âge d’or. Actuellement, la France connaît les mêmes difficultés avec l’arrivée de la TNT. Mais la comparaison s’arrête là, du fait de son fonctionnement artisanal, à l’exception de "Plus belle la vie".
Dans les années 80, le cliffhanger fut l’une des réponses à cette crise…
Ce terme signifie littéralement "suspendu à la paroi". Il désigne le moment où l’on ne sait pas de quel côté va basculer l’action. On ignore encore si le personnage va devoir lâcher ladite paroi ou si une main secourable va lui être tendue pour le sauver C’est, en partie, cette technique de narration qui rend les séries "addictives".
Pourquoi le placement de produit est-il, selon vous, l’avenir de la publicité ?
Dans les années 2000, les séries américaines connaissent une crise et une évolution comparables à celles des années 80. Avec la vidéo à la demande, avec le streaming gratuit, c’est-à-dire le visionnage du programme télé sur l’écran du webspectateur, ou avec des systèmes comme le "TiVo", un magnétoscope numérique qui permet de zapper la pub, le téléspectateur réticent peut se passer de la réclame. Les Etats-Unis recourent alors au placement de produit, car il faut bien trouver un mécène de la fiction ! Et la série américaine en joue depuis quelques années. Dans "Sex and the City", les héroïnes ne cessent de faire l’apologie des chaussures Manolo Blahnik ou Jimmy Choo. Certaines s’en amusent comme "30 Rock", une comédie qui a gagné tous les Emmy Awards.
Est-ce devenu indispensable de “créer le buzz” ?
On ne peut plus penser une série déconnectée du Web. Au cours de l’été 2007, le pilote de "Pushing Daisies" a été mis en ligne sur différents sites de téléchargement et a été visionné environ 14 millions de fois. Lors de la première diffusion sur NBC, il a rassemblé 24 millions de téléspectateurs américains. Un record étant donné la dispersion habituelle du public entre les centaines de chaînes accessibles et le grand nombre de nouveaux programmes proposés en septembre !
D’où puisez-vous que “Ma sorcière bien- aimée” serait la première série traitant des couples mixtes et “Les mystères de l’Ouest” mettraient en scène le premier couple gay ?
D’articles américains spécialisés émanant de doctorants, de professeurs. Lors d’un colloque à la Nouvelle-Orléans, au printemps dernier, "Buffy contre les vampires" faisait l’objet d’études universitaires très poussées. En France, on commence à s’intéresser au sujet.
"Les séries télé pour les Nuls", publié par Marjolaine Boutet et Marc Chalvin chez First Editions (348 pp., env. 22 €).
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