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Nouveauté
"Le Chasseur", nouvel héros peu moral
Caroline Gourdin
Mis en ligne le 20/01/2010
Il avait fallu un certain courage à l’équipe de la fiction à France 2, alors dirigée par Jean Bigot, pour accepter de financer, en 2007, une série aussi peu morale que Le Chasseur H H. Moins au goût du directeur actuel de la fiction à France Télévisions, Vincent Meslet, ce tueur à gages prendra tout de même vie à l’antenne, mais en deux soirées seulement. Une programmation en demi-teinte pour une série destinée initialement à la case polars du vendredi, qui aurait mérité qu’on s’y attarde davantage. Malgré ses faiblesses (des crimes trop parfaits, un rythme inégal), cette série en 6 x 52 minutes impose un univers visuel fort et un antihéros auquel on finit par s’attacher, incarné par un Yannick Soulier taillé au couteau, ange exterminateur à la fois viril et candide. Insidieusement, la fascination opère et le suspense va crescendo.
Travaillant officiellement pour le cabinet d’avocats d’affaires que dirige sa mère Natacha (Marie-France Pisier), Samuel Delaunay exécute ses contrats de sang-froid, sans plaisir, motivé par l’argent, et le luxe qu’il induit. Il n’a failli qu’une fois. Incapable de tuer Lauren (Estelle Skornik), une joueuse de poker endettée, il l’a épousée. Et tente aujourd’hui de préserver ce fragile bonheur, contre les intérêts de sa mère. Natacha est rattrapée par le commanditaire du meurtre de Lauren, Franck Peszynsky (Jean-François Stévenin), qui exige à nouveau la tête de Lauren, et celle du tueur
"On explore des sentiers peu battus, parfois en se trompant. Mais on n’a pas pris le sujet à la légère, insiste le réalisateur et coauteur, Nicolas Cuche, qui craignait que la série ne passe à la trappe. Jamais je ne me suis autant posé de questions moralement en faisant une fiction ! Il peut y avoir un rejet des personnages. Mais notre but était que l’on reste accroché au héros, même s’il est amoral. C’était comme un élastique sur lequel je tirais sans que jamais il ne puisse se rompre."
On lui doit la réalisation assez novatrice pour l’époque de "David Nolande" (France 2), et celle plus récente de "Flics" (TF1). "Contrairement à ces séries, qui empruntaient l’une, les codes de l’univers fantastique, et l’autre, ceux du polar, ce fut excitant d’explorer une fiction non codée. Nous avons pris le parti d’une fiction totale, ce qui nous permet de transcender la réalité, de la rendre acceptable. Je ne voulais pas être dans le naturalisme."
A l’image, Nicolas Cuche se sert seulement des codes visuels du manga pour créer un univers bling-bling extrêmement froid, une esthétique de papier glacier, déshumanisée, mais ludique. Il accompagne ainsi avec une certaine fantaisie cette métaphore sociale, antilibérale, et psychanalytique, imaginée par Gérard Carré (voir "Momento" du 16/1).
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