Peter Falk, alias Columbo, a posé sa "dernière question"
" Quand je vais dire ça à ma femme" La réplique est connue des fans du monde entier. Columbo a en effet fasciné des générations de détectives en herbe, curieux de savoir comment le célèbre policier trouverait le coupable puisque, nous le public, savions comment le meurtre avait été commis.
- Publié le 25-06-2011 à 08h08

"Quand je vais dire ça à ma femme..." La réplique est connue des fans du monde entier. Columbo a en effet fasciné des générations de détectives en herbe, curieux de savoir comment le célèbre policier trouverait le coupable puisque, nous le public, savions comment le meurtre avait été commis. Depuis quelques années malheureusement, l'acteur Peter Falk n'était plus que l'ombre de lui-même, presque l'ombre de son chien (un basset appelé "le chien") profondément engoncé dans les brumes d'Alzheimer. Une maladie qui avait entraîné sa mise sous tutelle par sa femme. Né à New York en 1927, il s'est éteint à son domicile (Beverly Hills) à l'âge de 83 ans.
Columbo ne fut pas le seul rôle de l'acteur Peter Falk, qui brûla également régulièrement les planches et s'illustra dans de nombreux films, mais ce fut le plus célèbre, celui qui lui valut le plus de récompenses (Golden Globes et Emmy Awards).
"Pour que l'épisode fonctionne, avait coutume de dire Peter Falk, il faut qu'il y ait un challenge intellectuel entre le lieutenant et le criminel, celui-ci doit forcément être formidablement intelligent ou l'histoire perd tout son sel."
"Un crime parfait dans un cadre de rêve et une toute petite erreur de rien du tout" avait-il coutume de résumer. Cette formule-miracle imaginée par deux copains d'université, William Link et Richard Levinson, apparaît d'abord dans une nouvelle écrite en 1960. Adaptée successivement pour le petit écran et le théâtre, elle affine progressivement son concept. Deux acteurs se succèdent, un troisième est pressenti mais c'est le dernier qui rafle la mise : Peter Falk, dont l'œil de verre et la voix éraillée (superbement doublée en français par Serge Sauvion) font merveille. Le personnage, faussement quelconque, parfait roublard, fait le succès d'une série exportée dans le monde entier : septante épisodes (d'1h30) seront produits en 35 ans avec les plus grands noms du petit et du grand écran.
C'est en effet Steven Spielberg que l'on retrouve à la réalisation du tout premier épisode de "Columbo". Il y était question d'un crime parfait décrit dans un roman et "rejoué" pour solder une affaire de vengeance entre associés. Scénario brillant. Prévu initialement comme second rôle, Columbo prend rapidement l'ascendant sur les autres protagonistes, quels que soient les acteurs de talent (Patrick McGohan, Leonard Nimoy, Ida Lupino ) qui lui sont opposés. Et leur notoriété rejaillit immédiatement sur la série.
Apparu aux Etats-Unis en 1968, "Columbo" connut sa première diffusion en France en 1972. Interrompue durant dix ans (mais les enquêtes étaient régulièrement rediffusées), la production reprit en 1989 pour une nouvelle salve de 23 épisodes.
Importun par excellence, têtu, coriace, mal peigné et mal habillé, l'inspecteur à la mise déglinguée (devenu ensuite lieutenant) a tout pour se faire détester dès le premier coup d'œil. Caché derrière les volutes de son inamovible boulon aux effluves pestilentiels ou par les nuages de fumée qui s'échappent de sa vieille Peugeot 403, le fin limier manigance, irrite, agace, questionne et fait mine de partir, pour mieux revenir et cuisiner encore un suspect qui finit souvent par perdre patience ou par demander grâce.
Prototype de l'anti-héros aux méthodes peu orthodoxes qui hante les séries d'aujourd'hui, Columbo est le père de tous les flics et de tous les enquêteurs, triomphant par sa seule logique et son instinct infaillible, sans armes ni méthode scientifique.
Ce rôle emblématique ferait presque oublier que l'acteur Peter Falk a joué pour les plus grands réalisateurs, au cinéma aussi : Frank Capra ("Milliardaire d'un jour", 1961), John Cassavetes (à 6 reprises dont "Husbands" et "Une femme sous influence" avec Gena Rowlands, l'épouse de Cassavetes), Wim Wenders ("Les ailes du désir", 1987) et Robert Altman ("The player", 1991). Joli parcours pour un comédien borgne (des suites d'un cancer diagnostiqué alors qu'il n'avait que trois ans) à qui on prédisait peu d'avenir dans le métier Recalé lors de l'entretien d'embauche pour la CIA, il avait également été cuisinier et fonctionnaire.
En 2006, l'acteur publie un livre intitulé "Juste une dernière chose", compilation de réflexions personnelles, de bons mots et d'humour. A l'écart d'Hollywood, il se consacrait à la peinture. Frappé de démence depuis quelques années, son cerveau n'était plus traversé par ses fameux éclairs de génie.
