Atlantic, an 1 de la Prohibition

Karin Tshidimba Publié le - Mis à jour le

Série TV BIENVENUE À ATLANTIC CITY, temple dédié au tourisme et aux plaisirs. Sur sa fameuse promenade du front de mer (le “boardwalk” du titre), s’alignent attractions et boutiques, mais aussi bars et casinos où la population s’encanaille. Ville d’ombres et de lumière, ce Las Vegas de la côte Est attire une clientèle contrastée : la bonne société venue humer l’air du large et les barons du “milieu”, qui en ont fait leur centre névralgique. Par sa position géographique, Atlantic City est en effet au cœur du trafic d’alcool dans une Amérique qui n’a jamais semblé aussi assoiffée que depuis le 16 janvier 1920.

Bénissant l’instauration de la “Prohibition”, qui leur promet de juteux profits, les hommes de Nucky Thompson, trésorier de la ville et homme politique influent, ont en effet soigneusement préparé la riposte.

Marquée dès la scène d’ouverture du sceau de la qualité HBO, “Boardwalk Empire”  H H H a vu les meilleures fées se pencher sur son berceau. Alcool, flingues et petites pépées : il flotte sur cette série une atmosphère à la fois clinquante et poisseuse qui fait songer aux “Infiltrés”, aux “Affranchis” et autres “Gangs of New York”. Pas étonnant d’y retrouver la patte de créateurs de l’envergure de Martin Scorsese et de son “disciple” Terence Winter, formé à l’école des “Soprano”.

Série qui interroge le passé trouble des Etats-Unis, “Boardwalk Empire” est une fresque avec ses personnages illustres : Lucky Luciano, Arnold Rothstein et… le futur Al Capone. Au centre de cette évocation : Enoch “Nucky” Thompson, librement inspiré du vrai Enoch L. Johnson, Républicain influent et mafieux qui régna sur Atlantic City jusqu’à son incarcération en 1941.

Voyou élégant et menteur, homme sensible et fidèle, impitoyable en affaires mais détestant la violence gratuite, Nucky Thompson (campé par le brillant Steve Buscemi) est un paradoxe à lui tout seul. A la façon d’un Tony Soprano qui hésite et y va un peu à reculons, Nucky se cache, dans cette première saison, derrière l’efficacité de ses hommes de main. Mais avec l’appétit vorace de concurrents comme Rothstein et Luciano, il va être de plus en plus compliqué de garder les mains propres…

Peinture soignée d’une époque, qui fait encore rêver certains malfrats par son faste et son audace, la série dépasse largement les clichés et n’oublie pas les combats de l’époque : le vote et l’émancipation des femmes, les revendications sociales des Afro-Américains et les rêves caressés par les nombreux émigrants (Italiens, Juifs, Irlandais). Creusant le terreau politique, elle s’intéresse autant aux politiciens qu’aux policiers lancés dans une course effrénée contre la corruption. Costumes et décors d’exception, réalisation léchée, mise en scène cinématographique, casting impeccable : elle marie les talents du grand (souffle épique) et du petit écrans (richesse des personnages et du récit).

Récompensée aux Golden Globes 2011 (Meilleure série dramatique et Meilleur acteur pour Steve Buscemi), “Boardwalk Empire” prend le temps de ciseler ses personnages et d’envoûter ses spectateurs. Dressant le portrait d’une société en pleine révolution économique, morale et sociale, elle impose aussi deux incroyables funambules : Michael Pitt, alias Jimmy Darmody, jeune gars hanté par la Première Guerre mondiale qui se rêve déjà calife, et Kelly MacDonald, alias la jeune veuve Margaret Schroeder, femme décidée et intelligence fine. Du grand art… La saison 3 est attendue à l’automne aux Etats-Unis.

Publicité clickBoxBanner