Série TV

Aussi marquant que le regard perçant d’Angelo Bison, il y a la discrétion de Stéphanie Blanchoud, révélée grâce à la série "Ennemi public", dont la première saison se clôturait hier soir sur La une. Légèrement en retrait, la comédienne observe ses partenaires de jeu qui plaisantent. Vincent Londez évoque sa "propension naturelle à incarner un boulet tel que Vincent" Stassart et Clément Manuel sa croisade pour "obtenir le rôle de Lucas", décrit par le réalisateur et scénariste Matthieu Frances "comme une sorte d’Obi-Wan Kenobi" chez les moines. N’est-ce pas ce côté taiseux qui la rapproche le plus de Chloé Muller ?

"Je suis quelqu’un d’assez réservé, c’est vrai, je suis plutôt dans l’observation. J’ai ce côté sauvage comme Chloé. On me dit souvent que je suis dans mon monde. J’ai un côté assez cash qui doit être commun avec elle. Mais sur le plateau j’étais aussi très concentrée parce que cela allait très vite. Cela donne cette impression d’être réservée. Une fois que je mettais sa veste et ses baskets, je devenais Chloé. Quand j’endosse un costume, c’est toujours comme cela."

Explorer un personnage

"Au début, j’ai beaucoup cherché sa façon de parler, de marcher, de bouger. Je me suis détendue au fil du tournage, cela a influé sur ma façon de jouer. De ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, on voit que Chloé touche les gens, cela veut dire que le défi est relevé. Car c’était une vraie proposition de ne pas en faire une héroïne classique de série policière. C’est cela qui m’intéressait : un rôle plus mystérieux, plus en retrait. Où les choses se dévoilent petit à petit. Je me dis qu’on va pouvoir explorer encore de nouvelles choses dans la saison 2, aller plus loin."

Ce travail, la comédienne l’a mené jusque dans les détails. "Je m’étais fait la playlist de Chloé. Vu qu’elle passe beaucoup de temps en voiture, je me suis demandé ce qu’elle écoutait. Chloé écoute des morceaux plutôt classiques liés à son enfance, des musiques qui la calment un peu et puis, des choses un peu hip-hop, plus agressives façon Kate Tempest."

Une recherche entamée dès le début. "J’ai aimé l’énergie du casting et j’ai été séduite par l’univers de la série dès le pilote. Car la série existe autant par son scénario, sa réalisation et ses acteurs que par l’identité visuelle que Philippe Therasse (le directeur de la photo, NdlR) lui a donnée." "Il y a aussi des choses qui sont apparues après. On s’est beaucoup vu avec Matthieu et je pense que cela a nourri son écriture." Matthieu Frances, l’un des 5 coauteurs, connaissait son goût pour la boxe, "cela aurait été dommage de ne pas l’utiliser".

"Je connaissais le passé de Chloé avec sa petite sœur, ses parts d’ombre et sa façon d’aller vers les gens de façon très assurée dans son travail. Au contraire de ce qu’elle montre dans la vie. Mais je ne connaissais pas la fin de l’histoire."

Combiner écriture et jeu

"Ça n’a pas été simple de laisser Chloé parce que j’ai vécu en immersion complète du mois d’août au 6 janvier. Il y a donc eu un petit contrecoup après la fin du tournage. En même temps, on était entre deux parce que j’ai retrouvé Chloé avec la diffusion et l’engouement qui nous rattrape lors des projections du dimanche. Heureusement, une de mes grandes bulles d’air, c’est l’écriture. Je me suis remise à écrire un monologue que je vais jouer dans un an et je travaille sur cette mise en scène et sur un projet de long métrage que je développe. J’essaie de retrouver le rythme d’avant le tournage. Je n’avais jamais eu autant de jours de plateau, je n’avais que quelques jours sur ‘La Régate’. Cinq mois, c’était une expérience assez forte."

Cette approche éclectique du métier était-elle prévue dès le départ ? "L’écriture était là avant toute chose mais je me sens pleinement actrice. Je me suis mise à écrire pour jouer, j’avais envie de travailler avec telle personne sur tel type d’histoire. Donc plutôt que d’attendre qu’on vienne me proposer des rôles, j’ai initié des projets. Et les choses se sont mises en route. Ce sont deux formes artistiques pas du tout incompatibles."

"J’écrivais un petit peu déjà en arrivant au Conservatoire. J’y ai monté un premier spectacle, avec une amie musicienne, qui mêlait musique et théâtre déjà. La musique est venue en dernier, par hasard, grâce à la formation avec Annette Sachs, notre professeur de chant. J’ai réalisé que j’adorais chanter. C’est comme cela que j’ai commencé à écrire des chansons. J’ai eu envie de tester ce format. Et puis la scène, j’adore. Cela ne prend pas beaucoup de temps par rapport au jeu. La médiatisation de certains festivals est telle qu’on a eu l’impression que je n’étais plus que chanteuse. Mais je me sens d’abord actrice et créatrice."

Les beaux défis de la série

"J’adore être dirigée par des metteurs en scène. Je rêve de travailler avec de nouveaux réalisateurs car l’expérience d’‘Ennemi public’ m’a boostée. C’était déjà très clair que j’adorais tourner. J’aime le challenge de devoir être exactement dans la bonne émotion au moment de la prise. Et puis la recherche que cela implique, même si on a dû tourner très vite et que, parfois, on aurait aimé faire deux ou trois prises en plus. J’aime l’intimité que cela crée."

"J’ai adoré travailler avec les deux réalisateurs : 60 jours, dans des conditions extrêmement compliquées avec des heures de plateau hors normes mais aussi une belle énergie. On était à 500 %, cela n’aurait pas pu se passer sans cela. J’ai rencontré deux ou trois acteurs fantastiques avec qui je n’avais jamais travaillé. Se retrouver sur le plateau avec Angelo (Bison), c’était formidable parce qu’on était tous les deux assez débutants. Il y a quelque chose qui s’est passé. Et ça, c’est vraiment merveilleux."

Un enthousiasme valable pour la saison 2 ? "Oui, car je me dis que les choses seront un peu différentes, j’ose espérer. Et aussi parce que j’ai beaucoup appris en tant qu’actrice. J’ai dû être extrêmement efficace, à cause des sauts dans le temps permanents qu’imposait le tournage. Je suis plutôt instinctive. Plus le défi est grand, plus cela m’excite. Pour toute l’équipe ce serait super. C’est comme quand on fait une reprise au théâtre : il y a quelque chose qui se détend, qui est devenu plus organique. Je trouve cela toujours assez bénéfique. On n’est plus dans le stress et le saut dans l’inconnu."


En mots et en notes

La Suisse. On a beaucoup parlé des points communs fortuits entre "La Trêve" et "Ennemi public" (pour rappel : les deux séries ont été écrites en parallèle). Il en est un autre, moins connu… La Suisse. La famille du père de Stéphanie Blanchoud réside à Genève. Elle y a passé pas mal de vacances de Noël et d’été. "J’adore y revenir pour le plaisir, c’est un endroit où je me pose et où j’adore écrire. C’est un lieu précieux. Je ne connaissais pas Yoann Blanc (vu dans "La Trêve" ); on s’est rencontré il y a une semaine. C’est vrai que c’est drôle qu’on ait tous les deux des liens avec la Suisse. En fait, il y a plein de gens en Belgique qui sont suisses."

Sur scène. Stéphanie Blanchoud a écrit une pièce "Jackson Bay", qu’elle va mettre en scène au Théâtre du Loup à Genève et qui sera ensuite montée au Théâtre Jean Vilar. Avec Philippe Jeusette, Véronique Olmi et deux acteurs suisses. "La Suisse m’a ouvert les bras alors que j’étais beaucoup moins connue qu’en Belgique. J’ai gagné ce concours soutenu par la Société des auteurs suisses. J’ai reçu une bourse pour écrire et j’ai pu être suivie par un coach dramaturge que je voyais tous les mois et qui m’a beaucoup aidée. Avec Véronique Olmi, la relation de travail est devenue une relation d’amitié. Elle m’a commandé un texte pour son Festival le ‘Paris des femmes"’ C’est comme la rencontre avec Ursula Meyer qui a réalisé mon clip (‘Décor’) avec Daan et avec laquelle j’ai un autre projet. Il y a tout à coup des rencontres qui font que la vie s’enrichit. J’ai toujours fonctionné avec mon instinct, mon désir. Je n’ai jamais fait des choses que je n’avais pas envie de faire."

En musique. Son dernier album "Les beaux jours" est sorti en novembre 2015. Elle sera au Festival Paléo en juillet à Nyon. Aux Francofolies de Spa le 20 juillet.