Combattre le crabe en moi

Karin Tshidimba Publié le - Mis à jour le

Série TV C’EST UNE COMÉDIE GRINÇANTE que propose Be TV à partir de ce mercredi. Une série qui relève le pari difficile de faire (sou)rire sur un thème aussi périlleux que le cancer. Mais pour y parvenir, elle dispose d’un atout de choix : l’actrice Laura Linney (3 Emmy Awards, 1 Golden Globe (*)), récemment remarquée pour sa prestation dans la mini-série historique “John Adams”.

Retrouvant un rôle d’honnête mère de famille dans l’univers créé par Darlene Hunt, Laura Linney ne restera pourtant pas longtemps coincée dans son oppressant carcan de femme souriante et posée, prof en banlieue et mère d’un adolescent brouillon. L’annonce de la maladie va en effet provoquer chez elle un intense raz-de-marée remettant en cause tout ce qu’elle pensait “bon”, “ juste” ou “nécessaire” jusque-là.

Du jour au lendemain, Cathy Jamison décide en effet de profiter de tous les bons côtés de la vie et de s’autoriser les “trucs dingues” qu’elle ne faisait pas auparavant. Se sachant atteinte d’un cancer au stade terminal, rien ne semble pouvoir arrêter sa fuite en avant : ni l’incompréhension de ses proches – qui la croient devenue folle voire même psychotique – ni la stupéfaction de ses élèves. Dans “The Big C”  H H, la partition tout en finesse de Laura Linney l’entraîne régulièrement sur le fil de l’émotion, passant en quelques instants du rire aux larmes, et il faut toute la maîtrise et la classe de l’actrice pour ne jamais paraître ridicule.

Avec cette folie douce qui s’est emparée d’elle, Cathy fait forcément penser à ses sœurs dans la tourmente : Nancy “Weeds” Botwin et “Nurse Jackie”, bien sûr, mais aussi à l’inclassable Tara (“United States of Tara”). Trois quadras confrontées à des situations inextricables face auxquelles elles tentent de se montrer à la fois audacieuses et tenaces. A l’image d’autres “Desperate Housewives” avant elles et de Courteney Cox dans “Cougar Town”. Ce faisant, Cathy Jamison offre un pendant féminin et comique à l’épreuve que traverse Walter White dans la plus sombre “Breaking Bad”.

Tout n’est pas forcément original dans cette série, dans laquelle on trouve les échos de beaucoup d’autres qui abordent la crise de la quarantaine au sens large (un sujet décidément très tendance dans les séries américaines), mais le regard et la réflexion qu’elle porte sur la vacuité de certaines décisions et sur les rôles dans lesquels on s’enferme sont intéressants. Le plus grand choc pour Cathy est en effet de découvrir ce que les autres pensent d’elle ( “rasoir, pompante, gaie comme la pluie” ) et de constater la femme qu’elle est devenue, anéantissant ses propres rêves d’adolescente.

Reposant sur un lourd secret (Cathy refuse de parler de sa maladie à sa famille, pensant qu’ils ne sont pas en mesure de gérer cette information) et postulant une fin imminente (un an, un an et demi au maximum), “The Big C” porte en elle sa propre finitude, chacun se doutant de la manière dont tout ceci va se terminer, même si on ignore au terme de quel cheminement.

Proposée depuis août 2010 aux Etats-Unis, la série en est à sa trosième saison. Sachant les difficultés éprouvées par certains producteurs pour “lâcher une affaire qui marche”, on espère qu’ils auront le bon goût de ne pas trop la tirer en longueur, ni d’y multiplier les rebondissements extravagants.

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