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Il y a quelques jours, le MipTV présentait les premières images de "Copper", la nouvelle série de Tom Fontana. Après avoir mené à bien les "Borgia" pour Canal+, le showrunner semble être revenu dans la cour des grands, très discret qu’il fut depuis la fin de "Oz" en 2003. Dans "Copper", la première série de la chaîne BBC America, on retrouve la patte Fontana : une exploration de la violence et des manquements de la justice. Le tout dans un western urbain situé, dans les années 1860, à Five Points, célèbre bidonville de Manhattan où échouaient les immigrants de toutes origines candidats au rêve américain.

A l’affiche de cette série à l’antenne dès le mois d’août aux Etats-Unis, on retrouve le jeune Anglais Tom Weston Jones ("MI-5"), dans le rôle de l’inspecteur d’origine irlandaise Kevin Corcoran. De retour de la Guerre civile, celui-ci tente de retrouver sa femme et de venger la mort de sa fille. A ses côtés, Franka Potente incarne Eva Heissen, patronne de bordel d’origine allemande. La comédienne a fait beaucoup de télé en Allemagne, mais c’est la première fois qu’elle participe à une série. Même si c’est une habituée des productions américaines. Après l’immense succès de "Cours, Lola, cours" de Tom Tykwer en 1998, elle a en effet joué aux côtés de Johnny Depp dans "Blow" ou de Matt Damon dans "La mémoire dans la peau" et "La mort dans la peau".

Pour Franka Potente, le petit écran est aujourd’hui aussi intéressant que le cinéma. "Il y a des séries vraiment incroyables, comme "Breaking Bad", s’enthousiasme-t-elle. J’adorais la série "Sex and the City" mais les films sont nuls. Mais on ne peut pas comparer un film et une série. La série, c’est un voyage. Tom et moi, quand on se retrouve au maquillage, on n’arrête pas de discuter de la suite de l’intrigue. Il ne reste que deux épisodes que nous n’avons pas encore lus, les deux derniers. Et tout le monde est un peu nerveux car chacun peut mourir La série est pleine de surprises et on est dans la même position d’attente que les spectateurs. Dans l’épisode 8, il y a un cliffhanger digne d’un final d’une saison !"

Dans l’univers de la télévision, Tom Fontana est l’un des papes de la série. Et la comédienne ne cache pas son admiration pour le créateur d’"Homicide" ou de "Oz". "Après 15 années ou plus à faire ce métier, j’ai rencontré plein de gens formidables. Parmi tous ceux-ci, il y en a qui sont vraiment impressionnants, avec une forme de sagesse qui les rend spéciaux. Tom appartient définitivement à cette catégorie. Mais d’une façon très inattendue. Si vous étiez à un dîner sans savoir qui il est, c’est à côté de lui que vous voudriez vous asseoir pour l’écouter parler. Il connaît tant de choses mais vous pouvez l’écouter sans vous sentir stupide. Ce qui est une grande qualité."

Après bien d’autres ("Deadwood", "Rome", "Les Tudor" ou "Les piliers de la Terre"), "Copper" marque le renouveau de la série historique, aux côtés de productions récentes comme "Les Borgia" ou "Downtown Abbey". Mais ce n’est pas cela qui a attiré Franka Potente. "Honnêtement, ce n’était pas ce que je regardais le plus volontiers, parce que, la plupart du temps, j’ai l’impression que ça ne me concerne pas. Je ne peux pas expliquer ce succès. Sans doute ces séries fonctionnent-elles comme une métaphore de notre période."

Et pour la jeune femme pas question, parce qu’on est dans une série historique, de jouer de façon ampoulée. "Si on vous demande de lire un sonnet de Shakespeare, vous allez immédiatement changer de posture et penser qu’il faut le dire d’une certaine façon. Qui n’est sans doute pas celle de Shakespeare lui-même ! En tant qu’acteur, vous ne pouvez pas jouer en pensant tout le temps : "Je suis en 1864 ! Je suis en 1864 !" C’est impossible. Il faut chercher à comprendre au mieux les personnages et être dans l’instant de la scène. C’est plus difficile dans un film historique. Par ailleurs, porter un corset est déjà un élément dramaturgique. Par exemple, quand vous avez un flingue ou du sang dans une scène, cela change toute la dynamique. Il faut vraiment se mettre en retrait dans le jeu, être conscient qu’il y a déjà dans la scène un élément qui retient l’attention du spectateur. C’est la même chose avec un corset. Le public est intelligent, pas besoin d’en rajouter."

Tout comme elle a choisi de jouer naturellement son personnage corseté et habillé de robes à cerceaux, Potente a décidé de l’appréhender comme une femme moderne, une femmes d’affaires. "Une spectatrice d’aujourd’hui n’aura aucune peine à s’identifier à elle. Et c’est valable pour tous les personnages. Je ne pense pas qu’on regardera "Copper" en se disant que c’est comme ça que l’on vivait à cette époque. Car l’approche est de rendre tout le plus réel possible. Les conflits, les choix que ces gens font, même dans le contexte de la Guerre civile, restent très humains."

Sa mère-maquerelle, Franka Potente la voit en effet comme une sorte de féministe avant l’heure. "Il y a un siècle, si les femmes étaient plus réprimées - et il y a encore aujourd’hui beaucoup de limites pour les femmes -, elles se battaient pour avoir quand même ce qu’elles voulaient, pour trouver leur place. C’est ce qu’elle fait. Elle a plus de liberté que d’autres femmes à son époque mais tout est relatif. Par exemple, une femme de la bonne société n’avait pas l’autorisation de marcher seule dans la rue, mais elle trouvait des excuses pour le faire quand même. De même, imaginez ce que les gens penseront, dans un siècle ou 50 ans, en nous voyant aujourd’hui. Ils penseront certainement qu’on est totalement vieux jeu. Pourtant, je n’ai pas du tout l’impression d’être démodée !"

Piquante et franche, Franka Potente porte un regard lucide sur sa carrière et ne cache pas qu’il est difficile pour elle de dénicher des rôles à Hollywood. A cause de son accent allemand ? "A la fin, on ne sait jamais exactement pour quelles raisons on ne travaille pas Mais le monde a tellement changé et, avec lui, les sujets et les histoires abordés. Il y a en fait beaucoup de travail aux Etats-Unis pour des acteurs non-américains. Il y a beaucoup d’Australiens, de Britanniques, des Français Je pense que c’est moderne d’avoir des personnages européens dans une histoire. Mais notre champ est limité aussi car il y a déjà tellement d’acteurs incroyables aux Etats-Unis En tant qu’Européenne, je n’ai joué qu’une seule fois une Américaine, avec un coach d’anglais "