Série TV L’auteur de best-sellers, devenu scénariste, détaille ses projets depuis la Foire du Livre.  Entretien. 

De passage ce week-end à la Foire du Livre de Bruxelles, Harlan Coben, patron du thriller américain, venait présenter son dernier roman(*) à quelques-uns de ses six millions de fans à travers le monde. Auteur de polars, Harlan Coben est également devenu scénariste avec sa série "The Five", écrite pour Sky. Un medium auquel il a pris goût grâce au succès de l’adaptation d’"Une chance de trop" par TF1 avec Alexandra Lamy.

Sa longévité et son succès n’empêchent pas les doutes. "Après 31 livres, je connais mieux la mécanique d’écriture mais l’histoire est plus difficile à dénicher. Ecrire, c’est comme progresser dans une forêt avec une machette. Lorsque vous terminez votre premier livre, tout un pan de la forêt est déboisé. Pour le deuxième, vous devez entrer dans une autre partie de la forêt. Vous êtes plus habile mais, à chaque livre, cela devient plus compliqué de trouver des coins inexplorés. Chaque fois, je passe par les mêmes étapes où je déteste ce que j’ai écrit, je doute, j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais… Une fois le livre terminé, je m’apaise. C’est l’attrait de la nouveauté : chaque roman me semble meilleur que le précédent."

Des intrigues ancrées dans le quotidien

Considéré comme le maître du "twist", Harlan Coben adore partir d’éléments insignifiants en apparence. "Un détail qui, soudain, va changer votre vie ou votre vision des choses." Comme dans "Juste un regard", dont l’adaptation vient d’être déclinée par TF1 en une série en 6 épisodes avec Virginie Ledoyen et Thierry Neuvic. "L’idée m’est venue alors que je regardais des photos de famille; j’ai cru y voir un cliché que je n’avais pas pris. Je me suis demandé : qu’arriverait-il si cette photo changeait ma vie ? C’est le cas pour Virginie Ledoyen… Je n’aime pas les livres avec des personnages à la Hannibal Lecter, même si Myron Bolitar n’est pas un type ordinaire. J’aime écrire des histoires qui partent de mon aire de jeu, de l’endroit où je suis né." Depuis, Harlan Coben a sondé d’autres villes : Paris, Londres, Rome, Amsterdam et "qui sait, peut être un jour, Bruxelles…"

L’adaptation d’un livre est une aventure délicate, que l’auteur vit avec un maximum d’implication. "Je ne suis pas bon pour prendre de la distance par rapport aux choses. C’est sans doute pour cela qu’il n’y avait pas eu d’adaptations de mes romans plus tôt. Je ne suis pas à Paris mais je reçois les rushes tous les jours, j’ai participé au casting, aux choix artistiques,… Je suis très impliqué. Je ne suis pas autant allé sur le plateau de ‘Juste un regard que sur celui d’‘Une chance de trop’ car je n’avais pas autant de disponibilité et, aussi, parce que je les connais mieux, cette fois."

Tennisman ou footballeur

A ses yeux, le travail d’adaptation consiste à essayer de voir comment rendre son histoire plus visuelle, "comment amener la lumière sur le texte". "Le livre a une dimension plus intime et intérieure, même si j’ai toujours eu une écriture assez visuelle. J’ai beaucoup appris sur l’écriture pour la télévision, j’espère encore m’améliorer mais je ne pense pas que cela ‘affecte’ ma façon d’écrire les romans. Dans les deux cas, vous essayez de raconter l’histoire le mieux possible. Seule la mécanique de narration varie."

"J’aime que le livre et la série soient différents", précise-t-il encore. Sur "Ne le dis à personne", "j’avais d’ailleurs dit à Guillaume Canet qu’il était trop proche du livre et qu’il fallait qu’il se sente libre de penser à des scènes plus visuelles".

Le travail sur une série est un travail d’équipe. "Je n’aurais jamais pu faire ‘The Five’ seul, en plus du livre que j’écris chaque année. Il y avait deux scénaristes principaux, qui comprenaient très bien ma vision et avec lesquels j’ai parlé énormément avant qu’ils ne se mettent à écrire. Ils prenaient des notes, puis nous rediscutions des scènes et du découpage en épisodes. Après 31 romans écrits seul, c’est agréable de travailler à plusieurs. Je suis comme un joueur de tennis ou de golf. Lorsqu’un roman connaît du succès, je suis seul à faire la fête, tandis que lorsqu’une série a du succès, je me sens comme le capitaine d’une équipe de foot et j’ai envie que chaque membre, le réalisateur, Alexandra Lamy, François Cluzet, etc. remporte un trophée. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Dans ‘Juste un regard’, j’ai écrit le personnage d’Eva, quelqu’un l’a adapté et puis, Virginie Ledoyen lui a apporté sa touche personnelle et le réalisateur la met en scène. Si je n’aime pas le résultat, je le dis mais c’est intéressant de voir toutes ces nouvelles petites touches apportées au personnage."

Ses nouveaux projets de séries

Sa partenaire sur "The Five" était la productrice Nicola Schindler ("Happy Valley", "Hallifax", "Queer as Folks"). Ensemble, ils ont fondé la société de production "Final Twist"."Nous voulons faire davantage de séries ensemble, qu’elles soient britanniques ou américaines." Coben continuera aussi à travailler avec Sydney Gallonde, "un formidable jeune producteur français". "Nous prévoyons de faire une 3e série pour TF1. Si nous y arrivons, nous envisageons d’adapter chaque année un livre en série de six épisodes pour TF1. Peut-être que le prochain sera à nouveau avec Alexandra Lamy, mais je souhaite que ce soit totalement différent d’‘Une chance de trop’; Alexandra le souhaite aussi."

Parallèlement, son roman "Fool Me Once" devrait être adapté au cinéma. "Mon agent m’a appelé deux jours après la sortie du livre et m’a dit que Julia Roberts voulait l’adapter. Nous avons parlé pendant une heure. Elle avait des bonnes idées, nous avons décidé que j’en écrirais le script. Je l’ai fait. Maintenant il reste à attendre car les décisions prennent du temps à Hollywood."

Quant à Myron Bolitar, héros de nombreux romans de Coben (de "Rupture de contrat" à "Sous haute tension") ne serait-il pas un personnage de série idéal ? "Je suis très prudent car Myron est dans la tête de beaucoup de gens et je ne veux pas qu’ils soient déçus par un acteur qui ne leur plairait pas. Il faut trouver le bon réalisateur, le bon angle. Je n’ai pas le temps, pour le moment, de ne me consacrer qu’à lui."

(*) "Intimidation", publié chez Belfond (374 pp., env. 21,50 €).