Jeune recrue et vieux roublard

Karin Tshidimba Publié le - Mis à jour le

Série TV

Un gamin abattu en pleine rue par un gang de Latinos, une fillette de 10 ans kidnappée, un mort à moitié dévoré par ses chiens : la première journée de Ben Sherman sur le terrain n’a pas été une promenade de santé Sera-t-il à la hauteur du défi, est-il vraiment fait pour ce type de vie ? Son coéquipier semble en douter et Ben le sent confusément : il ne va pas le lâcher de sitôt "T’es sorti, y a un mois c’est ça ? Si tu fais ce qu’on t’a appris à l’école de police, t’es mort. Les junkies ne veulent qu’une chose : ton flingue ; si ça se joue entre eux et toi, tire le premier."

Comme tout "bleu" en phase d’apprentissage, Sherman (Ben McKenzie) doit passer son baptême du feu. Son coéquipier le trouve trop frêle, trop taciturne ("t’es Canadien ?" ), trop propre sur lui ( "t’as ’gosse de riche’ tatoué en lettres d’or sur le front" ) mais dans le feu de l’action, l’agent de formation John Cooper (Michael Cudlitz), bien que revenu de tout, risque fort d’être surpris

Créée par Ann Biderman, qui fut scénariste sur l’archétypique "NYPD Blue", cette série lancée sur la chaîne NBC a ensuite été reprise et développée par la chaîne TNT. A bon escient. C’est en effet sur la longueur qu’elle prouve son envergure et donne une meilleure idée de son véritable propos.

A la production, on retrouve Christopher Chulack et John Wells, deux vieux complices d’"Urgences" qui n’ont rien perdu de leurs réflexes de créateurs : rapidité des plans, intrigues croisées, casting riche et soigné. Christopher Chulack a en outre longtemps travaillé sur "New York 911", comme en atteste la qualité des intrigues policières et de partenaires proposées.

Son caractère âpre et parfois dérangeant rapproche Southland H H H de son aînée "The Shield", qui a décrit, comme peu de séries avant elle, les dérives dont se nourrit la loi de la rue. Comme "The Shield", "Southland" soigne sa part documentaire et tire sa force et sa légitimité des zones d’ombre où gangs et policiers se trouvent régulièrement englués. Dès le générique, Ann Biderman rappelle le combat inégal auquel les policiers de la cité des Anges sont confrontés : "98 00 agents pour 1 300 km2 et 4 millions d’habitants". Quand la tâche est réputée insurmontable, comment l’affronter ? "Southland" cherche la réponse dans les vies privées et professionnelles de cette dizaine d’hommes et de femmes.

Comme "Third Watch" ou "Urgences" avant elle, ce qui intéresse "Southland", c’est le groupe et les interactions entre des êtres et des univers très divers qui, parfois, s’ignorent, ainsi que les différentes strates qui font la couleur de South Los Angeles. Pas question de s’en tenir aux plages et aux beaux quartiers de la ville, l’intrigue s’enfonce bien plus avant, là où une population pauvre vit un quotidien souvent sans visibilité.

"Tu croyais que les flingues, c’était pour faire joli ? Tu vas t’en remettre [ ] Tu es aux premières loges du grand spectacle de l’humanité, ici [ ] De temps en temps, tu devras débarrasser les rues de ces ordures et ça, c’est du bon boulot", assène Cooper à Sherman, après une première journée chahutée. Tout le sel de la série est là : dans cet entre-deux qui attire le jeune bleu autant qu’il le révulse.

Karin Tshidimba