Série TV Correspondante à Paris

Au regard du challenge imposé par les séries américaines de qualité, les poussives "Inspecteur Derrick", "Un cas pour deux", "Le Renard" ou "Tatort" se sont largement laissées distancer en Allemagne et à l’étranger, où elles se sont beaucoup exportées. Sans atteindre (n’exagérons rien) la puissance d’une série US comme "The Shield", à laquelle on ne peut s’empêcher de penser, Berlin, brigade criminelleH H ("KDD, Kriminaldauerdienst" en VO) vient renouveler le genre policier outre-Rhin. Cette série de la ZDF (découpée en un pilote de 84 minutes et en épisodes de 43 minutes), a battu des records d’audience.

La réalisation nerveuse, très soignée, de Matthias Galsner, Lars Kraume ou Filippos Tsitos (selon les épisodes) n’y est pas pour rien. Rompant avec la génération précédente, cette série s’insinue avec davantage de fluidité dans nos cerveaux de téléspectateurs englués (pour ne pas dire noyés) dans les univers policiers. Les affaires de vols, d’agressions, de viols, d’homicides, d’enlèvements se succèdent ou se chevauchent sans lourdeurs inutiles. Et viennent se juxtaposer, sans forcer, à la vie privée des flics, quand elles ne l’influencent pas : sept hommes et femmes qui se dépatouillent comme ils peuvent avec leurs limites personnelles.

Flics de base

Installée dans le quartier berlinois de Kreuzberg, cette brigade de proximité est loin d’abriter des héros. Et leur quotidien est bien celui de policiers de base, appelés pour "éteindre des incendies", avant de refiler les cas les plus intéressants aux brigades spécialisées. Assez réaliste, le scénario, signé Orkun Ertener, laisse transparaître la face cachée, mais connue, du boulot : le manque de moyens, les heures interminables difficiles à concilier avec une vie privée, la corruption, les rapports hiérarchiques difficiles

Tournée aux quatre coins de cette ville contrastée, multiculturelle et branchée, "Berlin, brigade criminelle" s’inscrit par ailleurs dans une toile de fond sociétale peu reluisante : problèmes liés à l’immigration, toxicomanie, trafics de drogue, maltraitance, marginalité Ajoutons au tableau des dialogues tranchants, souvent cyniques et brutaux, qui ne manquent pas pour autant d’humour, voire de tendresse dans de rares moments.

Un des personnages les plus intéressants est Jan Haroska, un ancien alcoolo qui reprend du service, ripoux par nécessité (mais pas aussi charismatique que Vic McKey, l’antihéros de "The Shield"). Il y a aussi Léo Falckenstein, fils d’un grand éditeur, plus assistant social que flic, Sylvia Henke, nouvelle recrue bourrée d’intuition, et son coéquipier turc, Mehmet Kilic, chambré en permanence par ses collègues. Ou encore Kristin Bender, qui hésite à faire son "coming out", et l’ambitieuse Maria Hernandez, la coéquipière de charme de Jan. Tout ce petit monde est chapeauté par Helmut Enders, patron sans concessions.

Sans être follement originaux, ces flics-là deviennent rapidement attachants. Il est vrai que les comédiens qui les incarnent se sont forgés une belle réputation au théâtre (Manfred Zapatka, Götz Schubert, Jördis Triebel, Saskia Vester) ou au cinéma (Barnaby Metschurat).