Série TV

Jeppe Gjervig Gram est l’un des trois scénaristes couronnés par le British Academy of Film and Television Arts pour "Borgen", sacrée meilleure série internationale en 2012. En marge de sa Masterclass au Festival Série Séries, rencontre avec ce grand amateur d’Hergé, devenu showrunner de "Follow the Money", la nouvelle série prometteuse de la chaîne publique danoise (DR) dont France 2 a acquis les droits de diffusion.

Quel album de Tintin préférez-vous ?

"Le lotus bleu" est le point culminant de la carrière d’Hergé, parce qu’il a mené des recherches approfondies. Tintin prend parti pour les Chinois à une époque où la plupart de gens, en Europe, étaient pour le Japon.

Quel livre vous a, d’emblée, inspiré des images de film ?

C’était avant que je ne sache lire moi-même. L’enseignante nous lisait un livre sur la chrétienté afin de nous faire découvrir la Bible. Je n’étais pas chrétien, mais j’aimais beaucoup ces histoires anciennes, comme celle de Samson et Dalila. Il y a 4 000 ans, l’homme se posait déjà des questions sur la vie, la mort, l’amour, la société, l’argent… Alors, je les dessinais. Enfant, je remportais des prix. A 10 ans, j’ai même gagné une bicyclette après avoir dessiné un vélo fantastique, à étage… C’était la gloire ! Ma mère a dû acheter une bicyclette à ma sœur jumelle !

Quel métier exerçaient vos parents ?

Mes parents ont divorcé quand j’avais un an. Ma mère enseignait le danois et l’allemand à des enfants handicapés, à l’école primaire. Mon père était comptable.

Pourquoi avoir abandonné le dessin ?

Je voulais faire des dessins d’animation, à la manière de Mickey Mouse, pour la télévision. J’ai tout lu sur le métier et je suis tombé amoureux du cinéma. Mais quand j’ai voulu devenir auteur, j’ai décidé d’arrêter. Je suis un perfectionniste.

Les Danois ont-ils aimé "Borgen" ?

La série a été montrée le dimanche soir, à 20h, une heure de grande écoute, avec l’objectif de réunir plus d’un million de téléspectateurs dans un pays qui compte près de 6 millions d’habitants. Le grand public a aimé. Mais à sa sortie, nous avons essuyé des critiques virulentes de la part des médias et des partis politiques, à droite comme à gauche. Ils l’ont trouvée simpliste. Nous avons mené beaucoup de recherches. Pourtant, il est parfois nécessaire d’arrondir les angles pour que l’intrigue soit plus excitante. Tout le monde a fini par aimer la seconde saison. Le succès de la série en Grande-Bretagne a dû un peu influencer la manière de la regarder…

"The Killing" est un autre succès de la Danemarks Radio imputable à Sven Clausen, responsable de la fiction…

Sven était effectivement chargé de mettre en place une autre télévision au sein de la DR, dans les années 80. Pour cela, il est allé se former à Hollywood sur la manière dont les séries étaient produites, notamment "NYPD Blue".

Comment a-t-il adapté le modèle américain à la culture danoise ?

Quand les Américains ont dix à quinze auteurs dans une même pièce, nous ne pouvons en financer que trois ! Le Danemark a beau être petit, nous ne rechignons pas sur la valeur de la production. C’est la raison pour laquelle nous ne produisons que 20 heures de fiction par an, le dimanche soir, notre super prime time. Pour atteindre le succès, ma boss, Piv Bernth, qui a succédé à Ingolf Gabold, a décidé de recruter de jeunes talents et de constituer ses propres équipes en appliquant le professionnalisme des Américains.

Le réalisateur Lars Von Trier a également travaillé avec la DR.

La série "The Kingdom" (NdlR: "L’hôpital et ses fantômes", sur Arte) est brillante. Selon moi, c’est ce qu’il a fait de mieux, même au cinéma. On y retrouve son univers, mais plus intense, car il y a plus de personnages et on peut développer l’histoire.

A la manière du cinéaste, Ingolf Gabold, responsable de la fiction de DR dans les années 2000, a lui aussi formulé des dogmes. Lequel avez-vous retenu ?

L’écrivain est roi ! Sa vision est unique.