Série TV

C'est une forme de consécration. Tardive, sans doute, mais une consécration tout de même. Louant depuis des mois la qualité d'écriture et d'interprétation de "Grey's Anatomy", on ne pouvait que regretter sa diffusion à 18 h sur RTL-TVI et à 22 h 40 sur TF1. Des cases ingrates pour une série qui n'a cessé de démontrer ses qualités au fil de ses deux premières saisons (207 135 téléspectateurs de moyenne tout de même sur RTL-TVI)...

Malgré l'enthousiasme croissant des téléspectateurs, il aura fallu attendre jusqu'à cette semaine pour que les deux chaînes prennent soudainement conscience du "potentiel inexploité" et bouleversent leurs grilles afin de proposer les derniers épisodes de la saison 2 en prime time ! De quoi mettre les fans, français et belges, sur les dents car cette offre "exceptionnelle" s'ajoute aux épisodes habituels bien sûr...

Trois épisodes lundi soir, trois autres mardi : la proposition de TF1, en particulier, pourrait ressembler à une "liquidation avant transformation", mais il n'en est rien. "Grey's Anatomy" ne s'est jamais si bien portée et pour sa troisième saison (en cours de diffusion aux Etats-Unis), elle continue même à marquer des points. Placée depuis le 21 septembre le jeudi soir face aux "Experts" (série n°1 aux Etats-Unis), elle a même réussi récemment à leur damer le pion, séduisant 25 millions de téléspectateurs et inscrivant ce nouveau record d'audience à son compteur...

Comme dans toutes les séries-phares du moment, la force de "Grey's Anatomy" repose sur une intrigue chorale portée par un casting tout à fait convaincant dont on aime à suivre les hésitations et déboires sentimentaux.

S'attachant au quotidien de ses cinq apprentis-chirurgiens, la créatrice Shonda Rhimes creuse ses intrigues en profondeur, offrant une complicité d'autant plus forte à ses fans.

Un univers très dense

Si le téléspectateur adore craquer sur le joli minois de Meredith Grey (Ellen Pompeo), promenant sa dégaine d'héroïne à la "Ally McBeal", le succès de la série est tout autant dû au charme de ses compagnons d'infortune. La généreuse Izzie Stevens (Katherine Heigl), l'irrésistible et lunaire Christina Yang (Sandra Oh), l'attendrissant meilleur-copain-de-tout-le-monde George O'Malley (T. R. Knight) et l'inclassable et complexe Alex Karev (Justin Chambers). Un quintette qui vibre, s'échauffe les sangs et parfois se déchire au contact d'un monde (médical) souvent dur.

Parmi les praticiens plus aguerris, domine Miranda Bailey (Chandra Wilson) surnommée "la nazie", l'énigmatique et charmeur Derek Sheperd (Patrick Dempsey), alias DrMamour, ou le carriériste mais très sentimental Preston Burke (Isaiah Washington). Chacun, à sa manière, insuffle la vie dans les couloirs de l'hôpital Grace de Seattle, reléguant les cas médicaux au rang d'intrigues secondaires.

Comme dans "Urgences", en somme ? Oui, mais l'"Urgences" du début, celui qui ne tirait pas sur la corde et proposait de vrais personnages forts avec vie privée à l'avenant. Car si "Urgences" a ouvert la voie, "Grey's Anatomy" joue avec doigté la carte de la comédie sociale, avec le succès que l'on sait (audiences en hausse et premier Golden Globe à la clé).

© La Libre Belgique 2006