Série TV Reportage

C’est sous les yeux mi-inquisiteurs, mi-surpris des passants que le plateau de tournage de la série marseillaise "Plus belle la vie" a pris ses quartiers aux abords de la place Sainte-Catherine. En plein cœur du Pentagone bruxellois, les équipes techniques ne semblent pas faire cas du vacarme ambiant, entre sirènes policières en provenance du sommet Europe-Asie et va-et-vient des automobilistes bloqués pour les besoins de la réalisation. Derrière les maquilleuses et les caméras, les curieux se contorsionnent pour deviner les acteurs du futur prime time de la série.

David Baiot, alias Djawad, et Elodie Varlet, qui interprète Estelle, répètent leur scène entre deux fous rires. Appliqués, les habitants du Mistral enchaînent les prises. Toma de Matteis, directeur artistique de la série, concède que "sur un format prime time, la production est plus dans le souci du détail. Mais au rythme où va la série, on se contente souvent de deux ou trois prises." Avec une cadence effrénée, le feuilleton quotidien diffusé sur France 3 depuis août 2004 puis sur La deux, progresse à l’allure impressionnante d’un épisode tourné tous les jours et demi. Coproduit par la RTBF, "Plus belle la vie" s’inscrit dans la politique de collaboration de la RTBF avec les chaînes françaises en termes de fiction.

Phénomène unique du paysage audiovisuel francophone, la série, tournée traditionnellement dans les studios du quartier de la Belle de Mai, s’est arrêtée en Belgique pour un grand format qui sera diffusé en soirée au cours du mois de décembre. Une veillée consacrée à "PBLV" où les téléspectateurs auront l’occasion d’admirer Bruxelles. Plusieurs endroits phares de la ville servent actuellement de décors à la série, des Sablons à l’avenue Lloyd George en passant par un appartement de la rue de Flandre.

Philippe Dajoux, réalisateur de ces quatre épisodes, veut pourtant éviter les clichés tournant autour des poncifs frites-gaufres. Celui qui avait tourné le film "Les collègues" en 1998 avec Eric Cantona entend montrer un Bruxelles "loin de l’image d’Epinal", avec une bonne dose de vécu. "Comme nous n’avions pas fait des plans exclusivement Guignol-traboules lors du prime tourné à Lyon."

Du 1er au 16 octobre les comédiens arrivent et repartent en ordre dispersé, rejoignant le troisième arrondissement de la cité phocéenne au gré des tournages. Dans ces quatre épisodes bruxellois, le scénario va s’articuler autour d’une affaire de disparition d’un député européen écologiste. Ninon (interprétée par Aurélie Vaneck), en bonne journaliste d’investigation, va emmener dans son sillage Sybille (Coline D’Inca) et bien d’autres personnages pour de multiples rebondissements. Nadège Beausson-Diagne, qui joue le rôle du commissaire Douala, est également de la partie. Déjà aperçue dans "Bienvenue chez les Ch’tis" ou en claudette-bernadette aux côtés de Benoît Poelvoorde dans "Podium", l’actrice retient de ses expériences en Belgique "une vraie culture du second degré, qui mêle humour permanent et liberté de ton". Elle s’amuse également de la folie collective "pas désagréable pour nous" accompagnant le passage des acteurs dans la capitale. Même son de cloche pour Elodie Varlet, qui insiste sur le "contraste avec l’ambiance parisienne où, léger snobisme oblige, même si les gens nous reconnaissent, il est difficile d’avouer qu’on regarde la série". Une raideur artistique assez française que la comédienne déplore en qualifiant le petit monde des médias d’outre-Quiévrain comme "très compartimenté".

Le rendez-vous quotidien, fort de ses 20 à 22 % de part de marché, mobilise sur l’année une quinzaine de réalisateurs et près de trente scénaristes. Sur ce prime time, que David Baiot considère "comme un tournage-vacances", sont rassemblés des techniciens français et belges mais aussi une petite dizaine d’acteurs du cru, au premier rang desquels figure Philippe Résimont, qui incarnera un policier belge au cœur du complot.

Pour Toma de Matteis, avec ces épisodes inédits diffusés en soirée, "on est assez loin de l’obsession de l’audience, c’est plutôt un objet télé cadeau pour les téléspectateurs qui nous suivent tout au long de l’année, les Français mais aussi les Belges". "Enquêtes Parallèles", un cadeau de Noël avant l’heure en forme de clin d’œil qui ravira sans doute tous les spectateurs assidus.