Série TV Portrait d’une Amérique bicolore et divisée, sur fond d’enquête policière. Arte, 20h50.

OJ. Simpson footballeur de légende, icône de l’Amérique blanche autant que de l’Amérique noire… "Je ne suis pas noir. Je suis O.J.", revendiquait pleinement ce héraut national de la réussite made in USA tandis que son pays se déchirait sur la ligne de fracture raciale dans les années 60, déjà.

Le pays adule ce runner hors pair et charismatique, vanté comme un pur produit national. Comme nul autre, il est capable par sa vélocité de percer les lignes ennemies sur un terrain de football américain. Issu du ghetto de San Francisco, il devient très vite la star de l’Université de Californie du Sud (USC), à Los Angeles.

Pendant ce temps, dans les quartiers pauvres de Watts, à LA, des émeutes éclatent pour dénoncer les brutalités policières à l’endroit de la population afro-américaine, en 1965. Et tandis que la communauté noire se bat pour faire valoir ses droits civiques, le visage de "O.J." apparaît sur les affiches publicitaires avec son épouse afro-américaine. Il est le premier Noir à représenter les grandes marques de l’époque, Chevrolet et Hertz.

"Le crime du siècle" aux Etats-Unis

Une irrésistible ascension qui prend fin, brutalement, une nuit de juin 1994. Nicole Brown Simpson, sa seconde épouse - blanche celle-ci - est sauvagement assassinée avec son ami Ronald Goldman dans sa maison de Los Angeles. Quinze mois de procès ultra-médiatisé où apparaît un Orenthal James Simpson particulièrement violent.

Un feuilleton judiciaire qui se solde par un acquittement au pénal, en 1995. Dans la rue, les Américains noirs exultent. Ils croient en son innocence. O.J. est la victime d’un complot raciste fomenté par la police de Los Angeles, corrompue. Ce verdict est la réparation qu’ils attendaient pour tous les crimes policiers impunis. Parmi eux, celui de Rodney King, un automobiliste noir en excès de vitesse que les policiers agresseurs ont roué de coups et qui ont été acquittés, provoquant des émeutes meurtrières, en 1992.

Les Américains blancs, eux, sont convaincus de sa culpabilité. Ce fut d’ailleurs la conclusion à laquelle est parvenu le procès civil en 1997.

Oscar 2017 du Meilleur documentaire

O.J. a-t-il tué Nicole ? Le suspens est maintenu jusqu’à la toute fin, même quand il est condamné à trente-trois ans de prison en 2008, pour une affaire d’enlèvement et de vol à main armée. Sans chercher à prendre parti, le réalisateur Ezra Edelman a recueilli dans "O.J. Simpson: made in America"*** près de 70 témoignages de proches, d’amis, de policiers du LAPD, d’avocats… qui ont participé aux événements.

Son documentaire a obtenu l’Oscar 2017 du Meilleur documentaire pour cette fresque consacrée, in fine, à l’Amérique du spectacle et de l’argent. Au "Guardian", Ezra Edelman déclare avoir "grandi dans un ménage très politique", en tant que "fils de deux avocats respectés". "Son père juif a travaillé pour Robert Kennedy et l’administration Clinton. Sa mère afro-américaine a travaillé pour Martin Luther King et a fait campagne pour les droits civils et des droits de l’enfant. Ils ont été l’un des premiers couples interraciaux à se marier légalement en Virginie." Mais "les choses sont toujours plus compliquées et nuancées que nous ne pouvons normalement les absorber. C’est pourquoi j’ai fait un film qui dure près de huit heures."

Les deux premiers épisodes d’une heure trente sont diffusés ce vendredi, les trois derniers le lendemain, samedi 8 juillet, (même heure). Le temps de saisir pourquoi et comment un homme qui met tout en œuvre pour réfuter l’idée de race finit par cristalliser la division raciale. Une réflexion lourde de sens au regard des exactions policières sous l’ère Obama.