"Person of Interest": deux justiciers dans la ville

Karin Tshidimba Publié le - Mis à jour le

Série TV

"VOUS ÊTES SURVEILLÉS. Le gouvernement a un système secret. Une machine qui espionne tout le monde tous les jours, 24h sur 24. Cette machine a été conçue pour détecter le terrorisme à grande échelle, mais elle voit tout. Le gouvernement a jugé négligeables les crimes ordinaires. Ils ont décidé de ne rien faire, pas moi."

Harold Finch, milliardaire excentrique, touché de plein fouet par les attentats du 11 septembre, a donc fait appel à un allié pour tenter de sauver des anonymes de ce destin aussi funeste que prévisible. Ex-agent de la CIA, présumé mort, John Reese lui semblait avoir besoin d’un nouveau but. "Vous avez quitté le gouvernement parce qu’ils vous mentaient. Je ne vous mentirai pas. Je vous offre une deuxième chance : la chance d’être là, à temps." Chaque jour, les numéros de sécurité sociale de simples individus apparaissent, signalant les personnes en danger (victime ou coupable ?) dans la ville de New York. Les sauver est la mission que s’est assignée Harold Finch.

Parano post-11 septembre et "Patriot act" en point de mire, Person of Interest H H est un nouveau script qui a fleuri sur le lit de "1984" de George Orwell et de la téléréalité mondialisée façon "Loft Story". Aux commandes, on retrouve Jonathan Nolan, plus connu pour son travail au cinéma, en compagnie de son frère Christopher ("The Dark Knight") et JJ Abrams. Un bon team à n’en pas douter même si JJ Abrams, à force de boulimie, a connu quelques cinglants ratés ces temps derniers ("Alcatraz", "Undercovers" ). Leur nouvelle série se nourrit de la croisade sécuritaire née aux Etats-Unis après 2001, développée à grands coups de piratage informatique et de caméras de surveillance.

La grande force de "Person of Interest" réside dans son format alliant enquête, espionnage et suspense, mais aussi dans le personnage d’Harold Finch (Michael Emerson, ex-Benjamin Linus de "Lost"), génie de l’informatique intrigant à souhait. Sans oublier le physique très James Bondien de Jim Caviezel ("Le Prisonnier" version 2009), renforcé par un timbre de voix volontairement envoûtant (en VO). Assez rapidement, le résultat de leurs agissements (morts, blessés et arrestations) va attirer l’attention de la police criminelle et particulièrement celle de l’inspecteur Carter (Taraji P. Henson) plutôt tenace. Le jeu de poursuite est donc double : entre la police et Reese, mais aussi entre Reese et les criminels potentiels. Inévitablement, en effet, les deux hommes vont s’attaquer à des poissons de plus en plus gros, s’adonnant aux activités mafieuses les plus diverses (meurtres, hold-up, kidnappings, blanchiment d’argent, etc.). Un cocktail détonant et addictif.

On ne peut cependant s’empêcher de regretter qu’au départ, son goût pour l’action fasse trop basculer cette intéressante réflexion sur la surveillance généralisée vers un classique "procedural", chaque épisode apportant son lot d’énigmes à résoudre et de personnes à sauver. Sans creuser les questions de fond: Internet, GPS, réseaux sociaux, GSM... Autant de moyens de s’espionner et de se faire piéger. On est loin de la richesse scénaristique de "Rubicon" ou d’"Homeland", deux autres séries ancrées dans la paranoïa américaine. Les fans ne pourront s’empêcher de noter, en outre, les ressemblances avec l’univers de "Matrix", mais aussi, dans le déroulement de l’enquête (technologie et logistique), avec "24h", la torture et la violence en moins. Reste un divertissement efficace qui requiert un peu de patience pour découvrir ses autres ambitions.

Au lieu de bâtir rapidement un univers et de répondre aux nombreuses interrogations (sur le passé des deux hommes et leurs motivations), la série préfère en effet d’abord traquer les méchants et reproduire un schéma narratif rassurant. Mais cette faiblesse est aussi une force puisqu’elle permet à tout moment au téléspectateur de raccrocher rapidement le wagon. Résultat : 14 millions de fans aux Etats-Unis ont suivi ses 23 premiers épisodes, et une saison 2 est en marche.

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