Série TV Sélection de séries, présentées à Paris, qui évoquent l’émancipation féminine, non sans risques.

La mini-série "Apple Tree Yard" figure dans le top 4 des séries les plus appréciées par le public lors du festival Séries Mania. Cette adaptation pour BBC One du roman éponyme de Louise Dougthy met en avant, à l’instar d’autres séries de cette huitième édition, l’émancipation de la gent féminine, pour le meilleur et pour le pire. Cette série en 4x60 minutes, qui vient d’être achetée par Arte, met en scène Yvonne, scientifique et généticienne reconnue, la cinquantaine.

Son quotidien bien rangé de mère de famille, mariée à un professeur d’université, bascule lorsqu’un homme ombrageux, incarné par Ben Chaplin, l’embarque dans une liaison passionnée. Au gré de circonstances que nous ne révélerons pas, l’éveil au désir qui allume le regard d’Emily Watson va basculer dans un thriller psychologique, que dépeint avec délicatesse la réalisatrice Jessica Hobbs.

Energie joyeuse

Le polar est aussi la tonalité de "Clique", dont nous avons déjà évoqué la puissance narrative (voir LLB du 20/4), et que sa créatrice, Jess Brittain ("Skins"), qualifie de "féministe". Mise en ligne en mars sur BBC Three, cette série en 6x45 minutes explore la fascination de deux amies pour un groupe d’étudiantes glamour, choisies par un obscur programme de parrainage.

La liberté d’aimer, envers et contre tous les codes moraux et sociaux, est quant à elle au cœur de la série française "On va s’aimer un peu… beaucoup", à découvrir prochainement sur France 2. Bâtie autour d’un cabinet d’avocates spécialisées dans le droit de la famille, cette comédie enlevée a permis à Ophélia Kolb (vue aussi dans "Dix pour cent") de remporter le prix de la meilleure comédienne, attribué par le jury de la presse étrangère pour "son énergie lumineuse et joyeuse, dans ce rôle de femme moderne".

Les femmes se rebellent également, sans aucun complexe, dans la sélection russe de Séries Mania, et en particulier dans "Infidelity". Vadim Perelman raconte le joyeux marivaudage d’une trentenaire cumulant pas moins de trois amants (en plus de son mari). C’est en choisissant d’évoquer avec un humour caustique les situations les plus cocasses, sans jamais rien montrer frontalement, que le réalisateur parvient à contourner une censure encore présente à la télévision publique russe.

Selon Igor Gouskov, en charge de la programmation russe du festival, "Salaam, Moscou !" a dû attendre quatre ans avant d’être diffusée. Cette série âpre en 16X52 minutes, réalisée par Pavel Bardine ("Russie 88") propose une peinture quasi documentaire d’un département spécial de la police de Moscou dédié à la criminalité des migrants.

Dangereuse humanoïde

Autre série au long cours, "Better Than Us" (qui sera terminée à l’automne) nous embarque à Moscou dans un futur proche. Où les humains partagent leur quotidien avec des robots. La cohabitation semble harmonieuse, jusqu’à ce qu’un médecin légiste se retrouve confronté au premier meurtre perpétré par un modèle expérimental d’humanoïde. Le personnage d’Arissa, habitée par Paulina Andreeva (vue dans "Stalingrad"), captivante, pourrait symboliser la revanche de la femme réduite aux fonctions utilitaires d’un sex-toy, dans une société tournée vers la satisfaction du désir masculin.

Malgré un budget de 150 000 euros par épisode, le résultat est séduisant, sur les plans narratif et esthétique. Déjà montrée au Mip TV à Cannes, la série a attiré, selon la distributrice Zhanna Shakhshaeva (All Media), l’attention d’"acheteurs américains, français, chinois, coréens ou japonais".