Série TV Un super-héros nous entraîne au cœur de ses doutes. Be Séries, 20h30.

Vous qui entrez ici, perdez l’espoir de tout comprendre au premier regard… Legion H H est le type de série cryptique qui requiert plus que de l’attention : une forte concentration doublée d’un brin d’intuition. Même comme cela, elle se révèle rétive à l’analyse du premier explorateur venu. Sensorielle, hallucinée, hypnotique, "Legion" est bien plus qu’une série, c’est un voyage au cœur d’une histoire complexe, se jouant de toutes les connexions possibles de notre cortex et d’une inscription énigmatique dans l’espace et dans le temps.

Le premier épisode de la saison est tellement riche en sous-texte et espaces parallèles qu’il est difficile de les percevoir au premier coup d’œil et encore plus de le résumer. "Legion" s’apparente davantage à une expérience à vivre qu’à une histoire à raconter. Heureusement, les épisodes suivants permettent de décrypter cette suite de visions et d’informations et de se frayer un chemin dans cette jungle narrative.

Conte de la folie ordinaire

Nouvelle série de l’univers Marvel déclinée des X-Men, "Legion" s’ouvre sur cette interrogation : David Haller est-il un dangereux schizophrène ou un télépathe surpuissant possédant des talents de télékinésiste - à savoir qu’il peut agir sur la matière par sa seule force mentale ? Une équipe de Summerland, penchant pour la deuxième option, est venu le libérer de l’hôpital où il avait été placé depuis quelques années.

Dirigée par l’énigmatique Mélanie, celle-ci lui offre de se réconcilier avec sa mémoire peuplée de songes effrayants, afin de pouvoir dompter ses nouveaux dons.

Sans pousser aussi loin le curseur, Noah Hawley, le créateur, propose une narration qui mobilise nos sens et nous retourne quasiment le cerveau, nous donnant l’impression d’être en plein "trip".

Hawley choisit en effet de raconter l’histoire d’après le point de vue de David, comme si nous étions installés dans un coin du cortex de ce super-héros tentant de dompter ses super-pouvoirs.

Dan Stevens, acteur vu dans "Downton Abbey", livre une prestation impressionnante, alternant les crises sensorielles et les moments d’accalmie et de douceur.

Pour traduire ces changements d’humeurs, Hawley joue à la fois sur la couleur et sur le son (formidable musique de Jeff Russo), en nous immergeant dans un bain de sensations extrêmes : transferts, télépathie, hypnose, suggestions…

Au milieu de ces données étranges qui flirtent avec les limites de l’esprit, il en est une plus familière : la distance que doivent observer David et Syd (Rachel Keller) pour s’aimer…

Le duo a recours à une suite de subterfuges qui ravive le souvenir de la relation contrariée entre les deux héros de "Pushing daisies"…

La comparaison s’arrête là car ces deux êtres "mutants" sont poursuivis par une obscure division gouvernementale chargée de réduire à néant ceux dont ils ne parviennent pas à contenir le pouvoir. Raison pour laquelle Syd Barrett tente de protéger David, doué d’un potentiel sans égal mais que son esprit confus ne parvient pas encore à dompter.

Un récit en forme de rodéo

Suivant les méandres de son esprit désorienté et son lent apprentissage, le téléspectateur est embarqué dans sa nef remontant lentement aux sources de son histoire. Un voyage intérieur qui se joue des limites de l’espace et du temps et semble inventer sans cesse sa propre chronologie. Le résultat est d’autant plus bluffant que la mise en scène adopte cette allure de tectonique et cette rythmique dignes d’un rodéo.

La plus belle réussite de cette entreprise époustouflante est de parvenir à instiller de l’humour et de la romance dans cette nef de fous à l’esthétique pop, psychédélique et rétro.