Séries : le nouveau filon américain à Paris

Karin Tshidimba, à Deauville Publié le - Mis à jour le

Série TV

"A cop in Paris". La série "Jo" (ex-"Le Grand") sera rebaptisée ainsi pour être proposée sur le marché international. Avec Jean Reno et Jill Hennessy (ex-Jordan de "Preuve à l’appui") en guise de "têtes de gondole", Lagardère Entertainment et Atlantique productions espèrent rafler la mise comme ce fut le cas pour "Borgia", "XIII" ou "Engrenages" qui se sont taillé un joli succès à l’export (voir ci-contre).

Comme ce fut le cas pour la série "Borgia" de Tom Fontana - présentée en avant-première à Deauville l’an dernier -, "Jo" recourt à la formule mixte showrunner américain, équipes et casting internationaux, avec ici ou là une touche française. A sa tête, le Canadien René Balcer, créateur de la franchise "Law & order : criminal intent", succès pérenne à travers le monde.

"Ces coproductions sont des expériences très intéressantes car souvent les réalisateurs ne sont là que pour deux ou trois épisodes, ce qui entraîne pas mal d’échanges. Il a fallu que les Français se coulent dans ce moule assez nouveau pour eux", mais qui est appelé à se reproduire puisque TF1 caresse encore d’autres projets internationaux tel "Crossing Lines" avec Donald Sutherland et Marc Lavoine (cf. LLB du 5/9).

Invité pour une masterclass deauvillaise, le Canadien René Balcer, showrunner et scénariste principal de la série, a dévoilé et commenté un extrait et le trailer de cette nouvelle série coproduite par TF1. "Les points de départ de la série sont Jean Reno, flic tourmenté et intuitif, et Paris Jean parle anglais avec un léger accent que nous n’avons pas retravaillé parce qu’il est charmant, tout a été tourné en anglais car nous voulions une série qui puisse voyager partout."

Lecteur de "Tintin", "Bob Morane" et "Sherlock Holmes", René Balcer a une conviction : "Le crime offre un regard sur les soubassements d’une société, il n’y a pas de meilleur prisme pour aborder tous les aspects d’une réalité. Pour moi, dans "New York : section criminelle" , une des questions les plus importantes est celle du pouvoir : comment on l’obtient, comment on en use et en abuse. Je pense que chaque détective est révélé par la façon dont il fait son travail, c’est la raison pour laquelle je ne distingue pas tant que cela la psychologie d’un personnage de ses actions."

Dans le cas du policier Jo Legrand, la maxime se vérifie à nouveau. "Jo est un homme qui tente de se confronter à la réalité, à ce qu’il a raté dans sa vie. La mort et le fait de s’y préparer sont au cœur de la série. Trois mois auparavant, Jo a eu une crise cardiaque. Il veut donc remettre de l’ordre dans sa vie et réfléchir à son existence, en retravaillant notamment certaines de ses relations laissées en souffrance. C’est un sujet ambitieux", reconnaît le scénariste (presque) bilingue.

"Ici, en France, vous avez tendance à penser que ce sont des sujets pour les chaînes du câble, mais je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir les choses. Dickens a écrit des feuilletons, mais il le faisait pour une audience très large et traitait de questions importantes. Pour moi, l’un et l’autre ne sont pas incompatibles. Il n’y a pas, d’un côté, les séries d’action bidon sur TF1 et, de l’autre, les thèmes sérieux sur le câble. Tout dépend de l’auteur, de ses envies, de la volonté de la chaîne et de ses moyens", insiste-t-il.

René Balcer reconnaît toutefois que les limites de TF1 étaient connues. "Mais le fait que Jean Reno soutienne le projet les a sans doute poussés à aller plus loin qu’ils ne l’auraient fait au début. Il y a eu un dialogue et, de toute façon, TF1 n’est pas la seule chaîne concernée et elle n’est pas non plus majoritaire dans le projet, donc les discussions ont plutôt porté sur certains détails. L’important était de faire une série dont TF1 pourrait être fière et que Canal aurait aimé avoir", souligne-t-il dans un clin d’œil malicieux.

"Paris, à mes yeux, est un thème très gothique en soi. Il y a partout dans la ville des endroits où des gens ont été tués. La série pourrait avoir comme sous-titre : ‘Ici commence l’empire de la mort’."

Dans cette partition où réflexion, enquête et intuitions se mêlent étroitement, la comédienne Jill Hennessy campe une religieuse perspicace.

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