Série TV David Simon revient avec "The Deuce" plongée très 70’s dans l’industrie du "X". Be1, 21h.

Maggie Gyllenhaal, James Franco et les trottoirs de Manhattan : avec un préambule de ce genre, David Simon n’a pas besoin d’ajouter grand-chose pour attirer les regards vers lui. Sa nouvelle série HBO The Deuce annonce un sujet sulfureux : l’explosion de l’industrie pornographique dans les années 70 aux Etats-Unis. De quoi assurer au créateur de "The Wire" et "Treme" l’attention du plus grand nombre.

Mais contrairement à ce que pourraient laisser penser sa thématique et son générique pop et flashy, "The Deuce" n’est ni légère, ni racoleuse. Son but n’est pas de multiplier les scènes dénudées mais bien de sonder les conditions de l’émergence de l’industrie du porno à New York dans les années 70.

Basée sur des faits réels

Pour mieux en parler, le duo de créateurs a multiplié les rencontres et les interviews comme à son habitude. L’histoire de "The Deuce" est notamment inspirée du parcours des frères Martino, gérants de différents bars à New York dans les années 70, établissements qui servaient de couverture à toutes sortes de trafics (drogue, prostitution) et au blanchiment d’argent.

Comme il le fit avec Ed Burns pour The Wire ou avec Eric Overmyer pour Treme, David Simon, en tandem avec l’auteur de polars George Pelecanos, plonge au cœur d’un nouveau quartier, d’un nouveau vivier humain pour retracer les enjeux et les défis d’un pan de l’histoire récente des Etats-Unis. Car ce qui l’attire avant tout, ce sont les destinées humaines. Flics blasés, proxénètes exaltés, prostitué(e)s résigné(e)s, mafieux et barmen ambitieux, vidéastes roublards sont au centre de son viseur avec leurs peurs, leurs douleurs, leur violence et leurs espoirs.

"C’est une série sur le capitalisme et la montée d’une nouvelle industrie. On y parle de ce que devient le monde quand quelque chose qui n’était pas censé être vendu devient soudainement légal" , a confié David Simon au magazine "Variety". On ne pouvait mieux dire.

Pauvreté et réalité urbaine sont les deux piliers de la sociologie appliquée défendue par David Simon, ancien journaliste reconverti dans la création de séries, avec le succès que l’on sait. Si les séries The Wire (sur les trafics de drogue à Baltimore) et Treme (sur les conséquences de l’ouragan Katrina) sont étudiées aujourd’hui à l’université, c’est qu’elles ont su mieux que toute autre sonder les âmes des laissés-pour-compte.

Avec la marchandisation des corps à outrance prônée par l’industrie du film X, il y avait forcément matière à panser de nombreuses destinées. Convoquant quelques visages connus de ses anciennes séries, David Simon fait entrer de nouvelles stars dans son équipe. James Franco se distingue dans un double rôle schizophrénique (les frères Martino) tandis que Maggie Gyllenhaal (alias Candy), déjà épatante dans The Honourable Woman , prouve une fois encore qu’elle ne prend pas à la légère les incarnations imposées par son métier d’actrice.