Série TV

Midnight Sun", "Black Lake", "The Frozen Dead", "Monster", "Cold", "Below the surface"… A en juger par les fictions venues du monde entier en circulation au Mipcom, le thriller ne s’est jamais aussi bien porté. Quant au sillon scandinave, il prend parfois carrément des allures d’autoroute. Si la comédie et le soap n’ont pas dit leur dernier mot, occupant les 2e et 3e places du podium des genres les plus prisés et les plus produits selon l’étude réalisée par l’agence The Wit, le "period drama", qui prend sa source dans l’Histoire contemporaine, résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Romans d’espionnage

On a pu le constater dès dimanche soir avec la présentation en préouverture du Mipcom de la série "The Halcyon", coproduite par ITV et Sony Pictures Télévision. Un drame en huit épisodes qui se déroule au cœur d’un cinq étoiles londonien, au début de la Seconde Guerre mondiale. Par son approche d’un monde luxueux et raffiné pris dans la tourmente des événements, cette création de Charlotte Jones et Jack Lothian pourrait suivre les traces de "Downton Abbey". Du moins, c’est l’espoir de son producteur Keith Le Goy.

En remontant le temps d’une génération, la série "Mata Hari" se penche sur la vie d’une femme soupçonnée (à tort ?) d’être une espionne en des temps tout aussi troublés. Une production russe au casting international : Christophe Lambert, Vahina Giocante et Bo Derek.

Narration moins classique et trame encore plus proche du roman d’espionnage avec "The Same Sky", série de la ZDF présentée lundi soir à Cannes. Cette série écrite par la Britannique Paula Milne revisite une autre période de l’histoire récente, celle de la guerre froide. Ancrée dans le Berlin des années 70, elle suit divers protagonistes aux prises avec leurs rêves et leurs convictions politiques qu’ils soient ou non broyés par le régime en place.

Retour de la guerre froide ?

L’histoire de "The Same Sky" démarre en 1974 en Allemagne de l’Est. Lars Weber (Tom Schilling vu dans "Generation War"), ambitieux agent de la Stasi reçoit pour mission d’entrer en contact avec Lauren Faber (Sofia Helin, héroïne de "Bron"), agent britannique occupant un poste sensible à l’Ouest. Cette mère célibataire est aussi une femme seule et désabusée dont Lars doit parvenir à tirer avantage.

A travers cette relation pleine de sous-entendus, l’un comme l’autre voient leur fidélité à leurs idéaux et à leur pays mis sur la sellette. D’autant que Sabine Cutter (Friederike Becht), la jeune collègue de Lauren est très attirée par le jeune homme fraîchement débarqué.

A mille lieux de cette histoire d’espions - sur laquelle se greffent les mirages de la passion -, la vie d’autres anonymes est-allemands est sur le point de basculer : une jeune nageuse prometteuse, un professeur gay, un groupe d’étudiants épris de liberté,… Privilégiant la multiplicité des points de vue, la série observe l’impact de ces événements politiques et personnels sur la vie des familles concernées, qu’elles soient séparées par le Mur ou non.

Un projet qui avait traversé l’esprit du producteur Beta Film après le succès de "La Vie des autres", film oscarisé de Florian Henckel, sorti en 2006.

La créatrice britannique explore une époque propice à l’échafaudage de stratégies en cascade pour espionner son voisin, "période pas si éloignée de ce que nous vivons aujourd’hui avec les dérives de la NSA". "Ce drame et ce moment d’Histoire éclairent ce que nous vivons aujourd’hui où les tensions entre les superpuissances ont repris vigueur et où l’espionnage des activistes et des citoyens est une préoccupation mondiale" , souligne Jan Mojto, président de Beta Film.

De nombreux diffuseurs semblent concients de ces enjeux puisque la série a été acquise par la Rai, France 3, la VRT et la RUV (Islande). Netflix la diffusera sur certains territoires anglophones tandis que la Suède, le Danemark, la Norvège et la Finlande l’ont acquise pour leur public respectif.