Série TV

Daech est encore en train de combattre en Syrie et en Irak qu’une série télévisée évoque déjà comment l’Etat islamique a attiré des milliers de jeunes Européens pour rejoindre, dès 2013, ses rangs, puis son califat instauré en juin 2014. "The State" est diffusée depuis lundi sur Canal + en France et le fut cet été sur Channel 4 au Royaume-Uni. Elle fait couler beaucoup d’encre.

Son réalisateur britannique, Peter Kosminsky - auteur de l’inoubliable film "Warriors" qui relatait la débâcle des casques bleus pendant la guerre de Bosnie - a en effet pris le parti de raconter comment des jeunes radicalisés britanniques partent en 2015 pour le "califat" de l’Etat islamique, leurs motivations et ce qu’ils y vont découvrir. Ils sont cinq : deux hommes, deux femmes, dont l’une est accompagnée de son fils de neuf ans. Ils partent bourrés d’illusions et vont découvrir l’extrême violence de la guerre et de l’organisation qu’ils ont rejointe : les lapidations, les décapitations et l’enrôlement des jeunes enfants.

La série, en quatre épisodes, est faite sans concession, en immersion totale et caméra à l’épaule. Elle se déroule à Raqqa, en Syrie, mais a été filmée dans le sud de l’Espagne, pour des raisons évidentes de sécurité. Hasard de la programmation, Channel 4 a diffusé la série juste après les attentats de Barcelone, ce qui lui a valu bien des reproches.

« J’ai peur d’être pris pour un apologiste d’un culte de la mort », a indiqué Peter Kosminsky au journal The Guardian, qui reconnaît induire au début chez le spectateur une forme d’empathie pour les aspirants djihadistes pour qu’il suive, avec eux, l’énorme désillusion qu’ils vont vivre. « Plus vous êtes cultivé sur l’islam, plus vous en maîtrisez les enseignements, moins vous êtes tentés de rejoindre Daech », a-t-il aussi expliqué au Figaro, estimant que la plupart des recrues ont, au départ, une connaissance très superficielle de l’islam.

"The State" se base non pas sur des faits réels, mais sur une compilation de témoignages, récoltés au Royaume-Uni et ailleurs car la plupart des « returnees » sont en prison, donc en général inaccessibles. Le réalisateur s’est aussi appuyé sur les comptes Facebook des djihadistes avant qu’ils ne soient fermés, des écoutes téléphoniques et des courriels venant de documents judiciaires.

Au Royaume-Uni, certains téléspectateurs ont reproché à « The State » de rendre trop glamour l’adhésion à l’Etat islamique. D’autres, au contraire, ont salué la tentative d’explication.

« J’aimerais pouvoir voir cette série pour me forger ma propre idée plus en profondeur », réagit Saliha Ben Ali, mère du jeune vilvordois Sabri, mort en Syrie en janvier 2014, et fondatrice de la Society Against Violent Extremism (SAVE) Belgium. « La majorité de ces jeunes partis ont très vite compris qu'ils avaient fait une erreur en abandonnant famille et pays, mais une fois là-bas, la réalité est tout autre. Et cette réalité n'est pas à comprendre avec nos standards européens, nous qui vivons hors "zones de conflits", mais avec toutes les horreurs qu'on est obligé de vivre et parfois de commettre pour rester en vie... ».

La mini-série sera bientôt diffusée en Belgique. Fin août, la chaîne cryptée BeTV a annoncé que "The State" fait partie de sa prochaine programmation.